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Journée inaugurale du Neuropôle Enjeux sociétaux des Neurosciences

Journée inaugurale du Neuropôle Enjeux sociétaux des Neurosciences. Jean-Luc PETIT Université de Strasbourg (EA 2326 CREPHAC).

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Journée inaugurale du Neuropôle Enjeux sociétaux des Neurosciences

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  1. Journée inaugurale du NeuropôleEnjeux sociétaux des Neurosciences Jean-Luc PETIT Université de Strasbourg (EA 2326 CREPHAC)

  2. Les neurosciences sont engagées dans une grande entreprise d’objectivation ou de naturalisation de concepts généraux tels que : action, langage, socialité, normativité, etc., des concepts auparavant seulement accessibles – et qu’on aurait pu croire exclusivement accessibles – aux sciences de l’homme (c’est-à-dire non pas de l’Homme, mais de la société et de la culture).

  3. Pour réduire ou contrôler la polysémie apparente de l’action humaine et revenir à l’univocité des faits, les neurosciences ont conçu des méthodes indirectes (enregistrements cellulaires sur modèle animal, lésions ou handicaps, imagerie cérébrale) qui ont permis de corréler sélectivement une variété d’aspects de l’action humaine avec des patrons d’activité neurale spécifiques dans le cerveau.

  4. Fortes de ce succès les neurosciences sont désormais tentées de déduire de la cartographie fonctionnelle du cerveau une explication causale des propriétés de l’action humaine comme composante de la nature de l’homme. Mais il est douteux que de simples corrélations fonctionnelles intra- ou intercérébrales puissent rendre compte du tissu dense des relations de sens entre les personnes humaines interagissant dans le contexte des ensembles sociaux lesquels interagissent à leur tour dans l’histoire.

  5. Nawa (Syrie) 29/4/2011 Le Caire 13/5/2011 Tunis 6/5/2011 Faut-il dire : ‘révolutions’ ‘insurrection’ ‘révoltes’ ‘émeutes’ ‘désordres’ ‘violences’ ‘sédition’ ‘subversion’ ‘terrorisme’ ‘guerre civile’ etc. = pas de description neutre

  6. Une répartition des rôles commode : le scientifique cherche une explication causale en s’appuyant uniquement sur les données de l’expérimentation (une expérience extraite de son contexte et reformatée) et sur un modèle théorique conçu pour en rendre compte. Le philosophe cherche à approfondir toujours plus sa compréhension de l’expérience humaine en général en appliquant sa réflexion aux opinions (vulgaires ou scientifiques) et à leurs modes d’expression et de légitimation en usage.

  7. Est-ce que l’explication de l’action à partir de ses causes (les mécanismes du cerveau) par les neurosciences (armées de l’imagerie cérébrale) n’est pas destinée à suppléer l’analyse réflexive de l’action des philosophes depuis Aristote? Si l’explication de l’action en neurosciences ressemble à une analyse de l’action dans la mesure où elle trouve des corrélats cérébraux pour différents aspects du comportement, le repérage des aspects pertinents dépend dela tradition ou des autres secteurs de la culture (psychologie, psychiatrie, sociologie, etc.).

  8. L’intention volontaire Le protocole de B. Libet : le sujet doit déterminer sur un cadran d’horloge le moment où il a eu le désir (urge) d’appuyer le doigt sur un bouton. L’enregistrement EEG montre une déflection négative croissante de la courbe de potentiel dans l’aire frontale 500 ms avant le mouvement. Mais, le moment de la prise de conscience du désir d’agir n’intervient que quelques ms avant le mouvement. Ce retard par rapport à l’activité cérébrale préparatoire semble contredire une conception traditionnelle de la liberté selon laquelle l’esprit commande le corps.

  9. B. Libet (1985) : Readinesspotentials (RP) preceding self-initiatedvoluntaryacts • Left: averagedpotentials for 40 trials; Cc:electrode on contralateralmotor cortex of the hand; • RP II:spontaneous, not preplanned flexion of right hand; MN:onset of negativedeflection; • RP I: intention or preplanning to actbeforesome of the trials; S: skin stimulus, no motoract; • EMG:electromyogram (t = 0). Instruction:“to let the urge come on itsown, spontaneously”. • Right: W: time of first awareness of wanting to move; S: time of awareness of sensation; • M: time of awareness of movement, reflectingendogenous command not proprioception. • [(Onset RP) – W] < 0 : temporal lag of conscious intention relative to cerebralprocess.

  10. La contrainte d’avoir à corréler l’intention avec un événement localisable dans une région du cerveau et dans le temps de l’activité cérébrale impose aux chercheurs un chosisme mental qui les détourne d’une compréhension du caractère proprement intentionnel (non réel, non factuel, non physique) du rapport entre l’intention et l’action. La tentation est d’objectiver l’intention sous la forme d’un événement mental du type sensation préalable à l’action, en dépit du fait que tout événement mental antérieur à l’action n’est pas avec cette action dans le rapport d’intention à réalisation d’intention.

  11. Motivation et émotion La spontanéité de l’agir, pouvoir de se déterminer à quelque chose sans y être contraint, mais par une capacité autonome, reste peu explorée. Les neurosciences sont tentées de ramener la motivation au désir et finalement aux seules traces objectivables du désir que sont les émotions. La mise en cause de l’amygdale dans l’expérience et la reconnaissance des émotions doit être pondérée par le fait que ce noyau sous-cortical est un relais entre le traitement perceptif cortical et le réseau dopaminergique de la récompense hédonique qui est aussi celui de la motivation à l’action.

  12. Tristesse et colère : des expressions faciales d’émotions dissociables par les réactions neurales. Echelle des stimuli faciaux à expressions émotionnelles : A & G prototypes de visages neutres (émotion 0%); F: prototype de visage triste (100%); L: prototype de visage en colère (100%). A-E, G-K :stimuli faciaux obtenus par manipulation graphique à l’ordinateur. Blair et al.Brain122 (1999)

  13. Tristesse ↑ Tristesse ↑ Colère ↑ Réaction du cerveau à l’intensité des émotions perçues d’autrui : tristesse et colère Cartes fMRI moyennes (13 Sujets) Amygdale g. Pôle temporal d. Cingulum antérieur Blair et al. Brain 122 (1999) Le cerveau des émotions : tristesse et colère

  14. fMRI Whalen et al, J Neuroscience (1998) • L’imagerie cérébrale montre que l’Amygdale est activée par des visages exprimant la peur. • Hypothèse LeDoux: Amygdale détecteur automatique de stimuli émotionnels inconscients dans une information relayée par le Thalamus préalable au traitement cognitif cortical. • Présentation brève de visages exprimant la peur suivie d’un masquage rétrospectif par un visage à l’expression neutre pour éliminer la reconnaissance consciente de l’émotion. • Les sujets n’ont eu conscience que des visages à l’expression neutre. • Contraste d’images entre la peur (activation AM) et la joie (déactivation AM). • Rôle unique de l’Amygdale dans la détection automatique de la peur sur un visage.

  15. La compréhension (des actions) d’autrui On a identifié une activité cérébrale prémotrice mais dissociée du mouvement et corrélative de la reconnaissance visuelle de la signification de l’action d’un autre agent sur la base du répertoire des actions de l’observateur: une compréhensiond’autrui. Du singe à l’homme le concept de neurone miroir a subi une inflation par extension à des contextes toujours plus larges et plus flous, en rapport avec le fait que la faible résolution spatiale et temporelle de l’imagerie cérébrale oblige à parler de « système miroir » voire de « fonction miroir » sans bases anatomiques rigoureusement définies.

  16. « Je sais ce qu’il fait parce que je peux le faire. » I. Neurone inhibé par la préhension observée/exécutée (singe-homme) II. Neurone activé par la préhension observée/exécutée (singe-singe) III. Neurone inhibé par la préhension observée (non le placement) IV. Neurone activé par des mouvements de torsion observés/exécutés G. Rizzolatti et al., Cogn. Brain Res. 1996

  17. mouth action observation /with object hand action observation /with object mouth hand foot action observation foot action observation /with object fMRI Somatotopic activation of premotor & parietal areas by action observation Buccinoet al.Euro J Neuro13 (2001)

  18. De l’action au langage L’aire de Broca, centre de la production de la parole, contient un territoire de représentation cartographique des mouvements buccaux et manuels et fait partie du système miroir substrat présumé chez l’homme de la récognition des actions observées. Une ‘neuroscience du langage’ a entrepris de réinterpréter en termes de neurones et d’aires motrices la théorie du langage, classiquement traitée en termes de règles logiques (N. Chomsky). Est-ce qu’il n’y a pas plutôt une relation circulaire entre le sens de l’action et l’expression linguistique?

  19. F. Pulvermüller Nature Rev. Neuro. 6, 2005, 576-82 La somatotopie sémantique des airesmotrices The cortical systems for language and action. a | Somatotopy of the motor and premotor cortex: the approximate location of the face/articulators, arm/hand and foot/leg representations. b | Connections between the language and action systems. Arrows indicate long distance cortico-cortical links. c | Semantic somatotopy model of action word processing: distributed neuronal assemblies bind information about word forms and the actions to which they are semantically linked. Because action words can relate to different body parts (‘lick’, ‘pick’ or ‘kick’), the cortical distributions of their networks differ. A1, primary auditory cortex; BPO, Broca, pars opercularis; BPT, Broca, pars triangularis; M1, primary motor cortex; PFC, prefrontal cortex, posterior part; PMC, premotor cortex; WB, Wernicke, auditory belt; WPB, Wernicke, auditory parabelt.

  20. F. Pulvermüller NeuroImage20 2003, 1020-25 Spatiotemporal pattern of cortical activation elicited by a spoken word A film showing the spatio-temporal dynamics over 500 ms : Minimum-Norm Current Estimates of the sources underlying the MMN (magnetic mismatch negativity elicited by the spoken word presented as a deviant stimulus) calculated for 10-ms-wide time bins and averaged over all subjects are shown on the triangularized surface of an average brain. The time scale indicates ms after the point of word recognition. A superior-temporal source starts to build up early (90 ms) and reaches its maximum activation at 140 ms. A second inferior-frontal source appears later (120 ms) and peaks at 160 ms.

  21. La cognition morale • Encouragées par le succès de la recherche des bases neurales de la cognition, de l’action et des émotions, les neurosciences ont entrepris l’examen des aspects cognitifs et émotionnels de l’éthique : • On a dissocié les corrélats cérébraux des dilemmes moraux personnels d’avec ceux des problèmes impersonnels, les corrélats des décisions inspirées par un sens intuitif de la justice d’avec ceux des décisions en application d’une règle juridique,les corrélats du jugement moral (réprobation) de ceux du jugement non moral (dégoût). Un modèle law in the brain admet un réseau plus largement distribué pour le raisonnement juridique que pour le jugement moral intuitif…

  22. Un dilemme moral typique? Un trolley va écraser 5 personnes : Sauf si vous actionnez un aiguillage qui détourne le trolley sur une voie où il écrasera seulement 1 personne. Sauf si vous précipitez 1 personne de la passerelle où vous êtes sur la voie: Une majorité juge acceptable l’option 1 inacceptable l’option 2 J. Greene explique la différence par la dimension émotionnelle des actes immoraux où l’on est personnellement impliqué par opposition au caractère abstrait de ceux où on ne l’est pas. Faut-il conclure que l’émotion décide de ce qui est bien et de ce qui est mal ?

  23. Activations moyennes frontales polaires et médianes induites par le jugement moral. Hypothèse : le Cortex Frontopolairephylogénétiquement récent est un régulateur de la conduite sociale complexe. Il contrôle le Cortex Orbitofrontal base des conduites instinctives conditionnées par récompense-punition (lésion  sociopathie acquise). Moll et al, ArqNeuropsiquiatr(2001)

  24. Enjeux sociétaux D’après une récente évolution, sont en voie d’être soumis à évaluation par des experts, publics ou privés, des secteurs d’activité de plus en plus nombreux de la vie publique…et jusqu’aux enfants à la maternelle! La concurrence entre les agences d’évaluation et l’absence de consensus entre les experts n’empêchent pas les décideurs de fonder sur l’objectivité présumée de ces notations, barèmes ou recommandations d’experts le caractère inéluctable, incontestable et irrévocable de leurs décisions.

  25. Enjeux (suite) Le décideur renvoie à l’objectivité prêtée aux avis d’expert et les experts à leur tour renvoient à la scientificité présumée de leurs évaluations. Ce positivisme repose sur la croyance en l’existence dans les affaires humaines comme dans la nature d’une description univoque des choses dégagée de la subjectivité des interprétations, un état des faits dégagé de l’appareil méthodologique de la recherche. Comme alibi on pourra invoquer l’expansion des neurosciences dans les domaines traditionnels de l’herméneutique et des sciences humaines : neuroscience cognitive ou affective, neuroscience sociale, neuroéconomie, neuroéthique...

  26. Ce que je défends Les neurosciences ne sont pas moins grevées que les sciences humaines sinon de conflits d’interprétations au moins de limitations méthodologiques et de relativité par rapport à des modèles théoriques ou paradigmes. Les neurosciences n’ont pas un caractère décisionnel tel qu’il puisse fonder en nature les choix en définitive arbitraires des décideurs. La prise de conscience de la controverse au cœur même du fait scientifique peut aider à saper les bases de l’autorité usurpée que les décideurs croient pouvoir retirer des évaluations d’experts.

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