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AUTOPORTRAITS . Autoportraits Apprendre à se connaître, apprendre à parler de soi, ... pour se construire ?.

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Presentation Transcript
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Autoportraits
  • Apprendre à se connaître, apprendre à parler de soi, ... pour se construire ?
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Est-ce important d'apprendre à se connaître, d'apprendre à se poser des questions sur soi, au lieu de se dévaloriser parce qu'on croit je ne sais quoi, à la suite de réflexions, remarques de l'entourage ? Est-ce important de confronter sa personne aux autres par production plastique interposée ?
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Faire son autoportrait

Qu'est-ce que ça veut dire ?

C'est une réflexion personnelle à mener.Que pouvez-vous dire de votre personnalité ?Que pouvez-vous dire de votre caractère ?Que pouvez-vous dire de vos idées ?Que pouvez-vous dire de vos goûts ?Comment parler de votre physique ?

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Repères historiques

C'est un genre littéraire connu dès l'Antiquité : Saint Augustin, par exemple, a publié des Confessions au IVme siècle après J.-C. pour rendre compte de son évolution spirituelle et de sa conversion au christianisme.

Au XVIme siècle, Montaigne publie les Essais, oeuvre dans laquelle il mêle récit d'événements de sa vie publique, de quelques événements de sa vie privée, et réflexions sur son époque ; mais c'est au XVIIIme siècle que naît vraiment l'idée que parler de soi peut revêtir un intérêt certain pour autrui (à ce siècle se développe en effet le goût pour l'individualité, la subjectivité). La première grande autobiographie, Les Confessions, a été écrite par Rousseau entre 1765 et 1770

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Les enjeux, pourquoi parler de soi ?!

→pour apporter un témoignage sur des évènements historiques

→se justifier

→mieux se connaître et se comprendre, trouver un sens à sa vie

→plaisir de revivre des émotions personnelles

Comment raconter sa vie ?!

a) le pacte autobiographique : c'est celui qui raconte qui fait un pacte (accord avec le lecteur) qui consiste à dire la vérité sur soi-même. Le lecteur est incité à le croire.

b) les problèmes de la mémoire : pas de maîtrise des souvenirs. "La mémoire, c'est ce qui reste quand on a tout oublié".

Quoi raconter ?!

Les mêmes thèmes souvent : naissance, enfance, famille, proches, lieux importants, scolarité, amours, passions, vocations, explications de son ouvrage

Frontières du genre autobiographique

a) le roman : les auteurs préfèrent masquer leur autobiographie en inventant un double à qui ils font vivre leur vie.

b) le journal intime : on ne raconte qu'une partie de la vie du narrateur

c) la correspondance : caractère autobiographique, mais on ne raconte pas tout, l'auteur fait juste part de ses réactions, il donne son avis.

d) les mémoires : autobiographie mais, elles ne relatent que des évènements ayant des valeurs historiques (épisodes aux cours desquels ils sont participés = les auteurs).

Et les temps dans tout cela ?!

a) le présent d'énonciation : exprime un fait au moment où l'on parle, permet d'exprimer ce l'auteur/narrateur fait ou pense ≠ souvenirs évoqués

b) le présent de narration : rapporter des faits passés et permet de les rendre actuels, vivants, aux yeux du lecteur qui a l'impression de participer à l'histoire.

textes
TEXTES
  • p 104 F R de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe
  • p 106 J-J Rousseau, Les Confessions
  • p 108 J Green, Jeunes Années
  • p 110 M Leiris, L’Age d’homme
  • Texte donné: Larochefoucauld, Autoportrait du duc François de la Rochefoucauld
  • p 112 F R de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe
  • p 114 J-J Rousseau, Les Confessions
  • p 115 L F Céline, Mort à crédit
  • p 117 J-P Sartre, Les Mots
  • p 118 N Sarraute, Enfance
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Jean-Jacques Rousseau, né le 28 juin 1712 à Genève et mort le 2 juillet 1778 à Ermenonville, est un écrivain, philosophe et musicien genevois de langue française.

Il est l'un des plus illustres philosophes du siècle des Lumières et l'un des pères spirituels de la Révolution française. Tous se réclament de lui. Les révolutionnaires, d'un extrême à l'autre, prétendent « ne marcher que le Contrat social à la main ». Paradoxalement, les théoriciens de la contre-révolution (Joseph de Maistre, Louis-Gabriel de Bonald) se réclament eux aussi de Rousseau. Il était considéré par Arthur Schopenhauer comme le « plus grand des moralistes modernes ». Schopenhauer disait : « Ma théorie a pour elle l'autorité du plus grand des moralistes modernes : car tel est assurément le rang qui revient à J.-J. Rousseau, à celui qui a connu si à fond le cœur humain, à celui qui puisa sa sagesse, non dans des livres, mais dans la vie ; qui produisit sa doctrine non pour la Chaire, mais pour l'humanité ; à cet ennemi des préjugés, à ce nourrisson de la nature, qui tient de sa mère le don de moraliser sans ennuyer, parce qu'il possède la vérité, et qu'il émeut les cœurs »[1]. Ses travaux ont influencé grandement l'esprit révolutionnaire français. Il est particulièrement célèbre pour ses travaux sur l'homme, la société ainsi que sur l'éducation. La philosophie politique de Rousseau se situe dans la perspective dite contractualiste des philosophes britanniques des XVIIe et XVIIIe siècles, et son fameux Discours sur l'inégalité se conçoit aisément comme un dialogue avec l'œuvre de Thomas Hobbes. Rousseau était d'une grande sensibilité.

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Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau est une autobiographie couvrant les cinquante-trois premières années de la vie de Rousseau, jusqu'à 1767.

Les 12 livres des Confessions se divisent en deux ensembles distincts, définis par Jean-Jacques Rousseau lui-même : la première partie constituée par les livres I à VI avec le Préambule, rédigée en 1765-1767, couvre les années 1712-1740 (années de formation, de la naissance à Genève à l'installation à Paris à 28 ans) alors que la deuxième partie, constituée par les livres VII à XII et rédigée en 1769-1770, couvre les années 1741-1765, c'est-à-dire sa vie à Paris dans les milieux de la musique et des philosophes, avec ses réussites (Discours - La Nouvelle Héloïse) et ses déboires comme les attaques qui suivent la publication de l'Émile, qui l'oblige à fuir en Suisse). L'œuvre aura une publication entièrement posthume : en 1782 pour la première partie et en 1789 pour la deuxième [1] ; Jean-Jacques Rousseau avait cependant déjà fait des lectures publiques de certains extraits.

Le titre des Confessions a sans doute été choisi en référence aux Confessions de Saint-Augustin, publiées au IVe siècle après Jésus Christ. Rousseau accomplit ainsi un acte sans valeur religieuse à proprement parler, mais doté d’une forte connotation symbolique: celui de l’aveu des péchés, de la confession. Associant sincérité, humilité et plaidoyer pour lui-même, Rousseau cherche à brosser un portrait positif de lui-même et se présente essentiellement comme une victime de la vie[2]. L'œuvre des Confessions fonde néanmoins le genre moderne de l'autobiographie et constitue un texte marquant de la littérature française.

texte 1
LIVRE PREMIER : 1712 - 1728

Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. Moi seul. Je sens mon coeur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu. Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon ; et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. J'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l'ai été ; bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables ; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères.

Que chacun d'eux découvre à son tour son coeur au pied de ton trône avec la même sincérité, et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : je fus meilleur que cet homme-là. Je suis né à Genève, en 1712 d'Isaac Rousseau, Citoyen, et de Susanne Bernard, Citoyenne.

TEXTE 1
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INTRODUCTION L'incipit des Confessions est un préambule qui permet à Rousseau, de façon assez orgueilleuse, de présenter son projet autobiographique. Il annonce ses intentions et revendique la singularité de son moi. On pourra analyser successivement : I. Une affirmation orgueilleuse de soi II. La singularité du Moi et la singularité de l'oeuvre III. Le projet autobiographique: intentions et difficultés .
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I. UNE AFFIRMATION ORGUEILLEUSE DE SOI 1. La situation de communication. L'étude de la situation de communication et en particulier des marques de l'énonciation révèle immédiatement l'importance du je . Plus de 40 occurrences des marques de la première personne (pronoms et adj. possessifs) Le narrateur parle en son nom ( narrateur = auteur = personnage) Souvent en position de sujet des phrases. Le destinataire au début du texte est le lecteur c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu (le pronom indéfini on , renvoie au lecteur) Dans la deuxième partie du texte, le destinataire est Dieu, désigné par les périphrases: le souverain juge, maître éternel le pronom et l'adj. poss. de la deuxième personne: Rousseau s'adresse directement à lui au style direct, à partir de «Voilà ce que j'ai fait». (ce qui témoigne d'un certain orgueil) Les autres hommes sont simplement évoqués par comparaison à lui. Ils ne deviennent pas locuteurs, sauf à la fin, mais c'est dans une situation hypothétique présentée comme invraisemblable: «qu'un seul te dise, s'il l'ose.» Donc insistance sur la première personne. Texte centré sur l'auteur. 2. L'apologie de soi-même . Le "beau rôle". L'orgueil Rousseau se donne la place centrale. Il se présente, surtout dans le 3ème paragraphe, en position de commandement : Il donne des ordres, d'un ton assuré, y compris à Dieu (la fin peut faire penser à un texte de type injonctif, même si les ordres ne s'adressent pas au lecteur). Présence des impératifs et des subjonctifs à valeur d'ordre: «Rassemble , qu'ils écoutent , qu'ils rougissent , que chacun d'eux découvre» ... Un ton assez solennel: rythmes ternaires. Une sorte de supériorité morale: celui qui demande à être jugé devient en quelque sorte le juge des autres. Leur lance un défi: fin du texte. (Attitude assez peu chrétienne !) Il cherche à minimiser quelque peu ses fautes (les inexactitudes qui pourraient apparaître dans l'oeuvre sont d'avance présentées comme secondaires ou excusables ( ornement indifférent , défaut de mémoire ) A la fin du préambule, Rousseau se met en scène dans le jugement dernier. Il occupe la place centrale ( «autour de moi»), Il s'imagine s'adressant à Dieu (d'une façon quelque peu cavalière) On constate une certaine mystification du moi. Un certain orgueil de la différence (idée qu'il n'est pas comme les autres, que les autres sont pires que lui) Il prétend dire le bien comme le mal mais le bien est mis en relief et le mal relativement minimisé: « tel que je fus ; méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été » «Méprisable et vil» : deux mots péjoratifs «Bon, généreux, sublime» : trois mots mélioratifs + une gradation. Qui met bien en relief l'aspect positif «sublime» : hyperbole. Cet orgueil est lié aussi à la volonté de se singulariser.
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II. LA SINGULARITÉ DU MOI ET LA SINGULARITÉ DE L'OEUVRE 1. La singularité du Moi : Individualité. Rousseau souhaite marquer sa différence, sa distance avec les autres hommes; voir les comparaisons (surtout l'idée qu'il n'y a pas de comparaison possible): «Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.» La métaphore du moule brisé fait-elle allusion à la mort de sa mère ? Toujours est-il que la personnification de la nature souligne elle aussi cette unicité du moi. L'auteur utilise le raisonnement par induction (généralisation) : «Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent» On peut voir dans cette volonté de proclamer la singularité de l'individu un certain aspect romantique: l'affirmation du moi; une auteur qui se sent isolé de ses semblables, et qui se sent aussi messager. Son entreprise est anti-classique: Au XVIIème siècle, les grands écrivains pensaient, comme Blaise Pascal (1623-1662) que «le moi est haïssable», (Pensées, 455) Rousseau est donc un précurseur qui s'engage dans une voie nouvelle: la narration des aventures personnelles, l'analyse des états d'âme individuels qui continueront durant toute la période romantique. D'un autre côté, son attitude peut sembler un peu paradoxale, puisqu'il affirme sa singularité, il précise qu'il est différent des autres, mais veut tout de même être comparé à eux: «qu'un seul te dise, s'il l'ose: «je fus meilleur que cet homme-là» 2. Le caractère unique, incomparable de la démarche. Rousseau présente son ouvrage comme unique. Sans précédent et sans postérité: affirmations catégoriques... et discutables. «une entreprise qui n'eut jamais d'exemple» > saint Augustin, Montaigne (1533-1592) ont, avant Rousseau, utilisé le genre autobiographique «dont l'exécution n'aura point d'imitateur» > les autobiographies, carnets etc. seront très nombreux au XIXème et XXème siècles, on ne comptera plus les journaux intimes, confessions de... etc. Mais l'auteur invite ses semblables à faire comme lui. Souhaite qu'il y ait une certaine "contagion de la sincérité": ce qui crée là aussi un paradoxe: «entreprise (...) dont l'exécution n'aura point d'imitateur» s'oppose à «que chacun découvre à son tour son coeur au pied de ton trône avec la même sincérité»
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III. LE PROJET AUTOBIOGRAPHIQUE : INTENTIONS ET DIFFICULTÉS 1. Le projet : une ouvre consacrée à parler de soi. Le projet est évoqué à plusieurs reprises, par plusieurs expressions: «entreprise» «ce livre» «mes semblables... après m'avoir lu» «qu'ils écoutent mes confessions» (référence au titre) Le MOI sera au centre de cette oeuvre (on a vu par les occurrences qu'il était déjà 'envahissant' dans le préambule) Mise en relief par la phrase brève: moi seul, et par la répétition: ce sera moi. Moi seul. Le je est en même temps l'auteur et l'objet de l'étude: Dans plusieurs phrases, je est en position de sujet et de COD : «Je veux montrer à mes semblables un homme (...) et cet homme, ce sera moi.», «je viendrai (...) me présenter». «Je me suis montré. j'ai dévoilé mon intérieur» Il y aura une adéquation parfaite entre le livre et la vie: d'où le présentatif: «Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus» «Voilà» est l'équivalent lexical du geste qui consiste à montrer. En présentant le livre, Rousseau présente sa vie. Un ton assez solennel dans le parallélisme de construction et le rythme ternaire: «Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus.» (semble résumer toute sa vie) 2. La recherche de la vérité : la transparence. Obsession de la vérité. Présente dans l'épitaphe (ici: citation): "intus et in cute" (intérieurement et sous la peau) mais aussi dans le réseau lexical du dévoilement, du regard: «montrer» «Je me suis montré tel que je fus» «j'ai dévoilé mon intérieur» «tel que tu l'as vu toi-même» «Que chacun d'eux découvre à son tour son cour au pied de ton trône avec la même sincérité» L'obsession de la transparence s'exprime aussi par la volonté de tout dire: contrastes, antithèses: (les deux facettes du personnage seront révélées) «J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, je n'ai rien ajouté de bon ; et même s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. J'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus ; méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été» quand je l'ai été... quand je l'ai été... répétition qui permet d'insister. NB: il s'agit du même procédé que l'anaphore, mais à la fin de groupes successifs. Insistance sur la sincérité: «dans toute la vérité de la nature», «franchise», «rien tu», «rien ajouté» (antithèse), «je me suis montré tel que je fus», «j'ai dévoilé mon intérieur...», «avec la même sincérité» «dans toute la vérité de la nature» On sait que Rousseau pense que la société corrompt l'homme. Se dévoiler, c'est échapper aux corruptions de la société. 3. Les difficultés et les limites. L'auteur a conscience de la difficulté de son entreprise: il lui faudra avouer ses fautes: Réseau lexical du mal; «J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, (...) méprisable et vil» Les limites: reconnaître qu'on a pu utiliser «quelque ornement», «remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire», «J'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être», font peser des doutes sur la sincérité. Il en est de même pour l'orgueil: un écrivain si sûr de lui même pourra-t-il échapper aux écueils du genre et ne pas travestir la vérité ? (à cause de la vanité et du désir de donner de soi une image flatteuse). En même temps, Rousseau revendique la sincérité. Un nouveau paradoxe.
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CONCLUSION Texte qui annonce le projet autobiographique. Il révèle certains aspects de la personnalité de son auteur. Un document capital sur l'orgueil et la recherche de la sincérité de Rousseau. La présentation d'une démarche dont on a pu souligner les caractéristiques. (recherche de la sincérité, dévoilement...) mais aussi les paradoxes. Suscitera des réactions diverses chez le lecteur.
texte 2
TEXTE 2

Un souvenir qui me fait frémir encore et rire tout à la fois, est celui d’une chasse aux pommes qui me coûta cher. Ces pommes étaient au fond d’une dépense qui, par une jalousie élevée, recevait du jour de la cuisine. Un jour que j’étais seul dans la maison, je montai sur la may pour regarder dans le jardin des Hespérides ce précieux fruit dont je ne pouvais approcher. J’allai chercher la broche pour voir si elle y pourrait atteindre: elle était trop courte. Je l’allongeai par une autre petite broche qui servait pour le menu gibier; car mon maître aimait la chasse. Je piquai plusieurs fois sans succès; enfin je sentis avec transport que j’amenais une pomme. Je tirai très doucement: déjà la pomme touchait à la jalousie, j’étais prêt à la saisir. Qui dira ma douleur? La pomme était trop grosse, elle ne put passer par le trou. Que d’inventions ne mis-je point en usage pour la tirer! Il fallut trouver des supports pour tenir la broche en état, un couteau assez long pour fendre la pomme, une latte pour la soutenir. A force d’adresse et de temps je parvins à la partager, espérant tirer ensuite les pièces l’une après l’autre: mais à peine furent-elles séparées, qu’elles tombèrent toutes deux dans la dépense. Lecteur pitoyable, partagez mon affliction.

Je ne perdis point courage; mais j’avais perdu beaucoup de temps. Je craignais d’être surpris; je renvoie au lendemain une tentative plus heureuse, et je me remets à l’ouvrage tout aussi tranquillement que si je n’avais rien fait, sans songer aux deux témoins indiscrets qui déposaient contre moi dans la dépense.

Le lendemain, retrouvant l’occasion belle, je tente un nouvel essai. Je monte sur mes tréteaux, j’allonge la broche, je l’ajuste; j’étais prêt à piquer… Malheureusement le dragon ne dormait pas: tout à coup la porte de la dépense s’ouvre; mon maître en sort, croise les bras, me regarde, et me dit: Courage!… La plume me tombe des mains.

Bientôt, à force d’essuyer de mauvais traitements, j’y devins moins sensible; ils me parurent enfin une sorte de compensation du vol, qui me mettait en droit de le continuer. Au lieu de retourner les yeux en arrière et de regarder la punition, je les portais en avant et je regardais la vengeance. Je jugeais que me battre comme fripon, c’était m’autoriser à l’être. Je trouvais que voler et être battu allaient ensemble, et constituaient en quelque sorte un état, et qu’en remplissant la partie de cet état qui dépendait de moi, je pouvais laisser le soin de l’autre à mon maître. Sur cette idée je me mis à voler plus tranquillement qu’auparavant. Je me disais: Qu’en arrivera-t-il enfin? Je serai battu. Soit: je suis fait pour l’être.

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Michel Leiris est né au sein d'une famille bourgeoise cultivée habitant au 41 rue d'Auteuil dans le seizième arrondissement.

Sa famille le pousse contre son gré à faire des études de chimie alors qu'il est attiré par l'art et l'écriture. Il fréquente les milieux artistiques après 1918, notamment les surréalistes jusqu'en 1929. Il se lie d'amitié avec Max Jacob, André Masson, Picasso, etc. Son œuvre a marqué les recherches ethnographiques et ethnologiques.

En 1935, dans L'Âge d'homme, voici comme il se décrit :

« Je viens d’avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J’ai des cheveux châtains coupés court afin d’éviter qu’ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise, marque classique (si l'on en croit les astrologues) des personnes nées sous le signe du Taureau ; un front développé, plutôt bossué, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes. (...) Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé ; mon teint est coloré ; j'ai honte d'une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante (...). »

— Je viens d'avoir trente-quatre ans, §1 in Michel Leiris, L'Âge d'homme, Gallimard, 1939.

Sa famille [modifier]

Son grand-père paternel, Jacques Eugène Leiris (1819-1893), employé de commerce, a pris part aux journées de juin 1848[réf. nécessaire].

Sa mère, Marie-Madeleine née Caubet (1865-1956), catholique fervente, a fréquenté la Sorbonne, parlait couramment l’anglais mais n’exerça aucune fonction rémunérée.

Eugène Leiris (1855-1921), son père, travaille dès l’âge de quatorze ans. Il est agent de change d’Eugène Roussel (1833-1894) puis de son successeur Jacques Sargenton, caissier des titres de ce dernier, puis son fondé de pouvoirs. Établi à son compte, il est alors l’homme d’affaires de Raymond Roussel (fils d’Eugène Roussel et écrivain à qui Leiris voue une immense admiration). Eugène Leiris décède, le 16 novembre 1921, des suites d’une opération de la prostate. Max Jacob, retiré, fin juin 1921, au couvent des bénédictins de Saint-Benoît-sur-Loire, adresse, le 18 novembre 1921, ses condoléances à Michel Leiris qui vient de perdre son père. C'est la première des lettres qu’il lui adresse (deux par mois) au cours des deux années qui suivent. Les soixante-six lettres, dont cinquante-deux de novembre 1921 à décembre 1923, conservées par Leiris ont été publiées.

Eugène et Marie Leiris qui ont perdu une fille, Madeleine, élèvent quatre enfants : trois fils, Jacques, Pierre (dont les deux fils, François et Henri, décèdent au combat en novembre 1944), Michel et leur nièce Juliette, marraine de Michel. Elle est, pour lui, une sœur aînée, une seconde mère mais aussi, grâce à son excellente mémoire, celle qui lui permet de vérifier l’exactitude de ses souvenirs d’enfance. Juliette épouse, le 2 juin 1910, Gustave Jannet (1883-1935). Le couple vient habiter Paris, près de chez les Leiris, Michel peut ainsi continuer à voir sa sœur tous les jours.

Il épouse en 1926 Louise Godon surnommée Zette, fille « naturelle » de Lucie Godon qui a trois sœurs plus jeunes. Michel Leiris devient ainsi le beau-fils de Daniel-Henry Kahnweiler, le puissant marchand de tableaux (s'occupant de Picasso notamment), ami de Max Jacob, Georges Braque. Chez les Kahnweiler, on rencontre régulièrement André Masson et ses amis, le critique d’art Maurice Raynal (1884-1954), Élie Lascaux et son épouse Berthe (sœur de Lucie Godon), Suzanne Roger et son mari André Beaudin, le sculpteur Jacques Lipchitz, le musicien Erik Satie, le dramaturge Armand Salacrou et sa femme Lucienne, des écrivains et poètes Antonin Artaud, Charles-Albert Cingria (1883-1954), André Malraux et sa femme Clara.

Études [modifier]

Les parents de Michel Leiris s’installent, en 1904, au 8 rue Michel-Ange dans un quartier d’Auteuil. De 1906 à 1909, Michel fréquente, jusqu’à la classe de neuvième incluse, l’école privée mixte de la rue Michel-Ange.

Au mois d’octobre 1909, il entre au cours Kayser-Charavay, avenue Montespan, pour une année scolaire. En octobre 1910, il est en classe de septième, et l’année suivante en sixième, au cours Daguesseau, dirigée par l’abbé Llobet, rue Boileau.

Puis, en octobre 1912, il intègre le lycée Janson-de-Sailly pour y suivre les cours de cinquième. En juillet 1914, Michel termine sa quatrième avec le deuxième prix de français et le premier prix de récitation. En juillet 1916, il obtient, à la fin de sa classe de seconde, les premiers prix de composition française et d’exercices latins, mais, pour raison disciplinaire, il doit quitter le lycée Janson-de-Sailly. Sa famille le protège des nouvelles concernant la Première Guerre mondiale.

Au mois d’octobre 1916, il entre à l’école Vidal de la rue de Passy, pour y suivre la classe de première. Michel obtient en juillet 1917, la première partie du baccalauréat latin-langues, avec l’indulgence du jury. Il retourne, en octobre 1917, au cours Kayser-Charavay, pour suivre sa classe de philosophie. Il échoue, en juillet 1918, à la deuxième partie du baccalauréat. L’été 1918, les Leiris s’installent au 2 rue Mignet dans le seizième arrondissement de Paris. Michel suit des cours de philosophie dans une école privée, l'« école Descartes ». Il repasse, le 28 octobre 1918, la deuxième partie du baccalauréat (philosophie) qu’il obtient « tant bien que mal » d'après ses dires.

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Dès 1919, Michel Leiris fait quelques tentatives pour avoir un travail stable. Après deux tentatives comme employé de commerce aux magasins Peter Robinson et chez le commissionnaire Max Rosambert, Leiris abandonne très rapidement.

Durant l’automne 1920, il prépare l’examen d’entrée à l’Institut de chimie. Le 15 décembre 1921, Michel Leiris commence un service militaire, au fort d'Aubervilliers, puis à l’Institut Pasteur, où il termine ses deux ans de conscription.

Il habite encore chez sa mère (rue Mignet), et prépare, seulement pour la forme, un certificat de chimie. Le 15 décembre 1923, libéré du service militaire, il met fin à ses études de chimie. Il dira lui-même : J’obéis à ma vocation - et renonçant aux vagues études que j’avais poursuivies jusqu’alors - je quittai le laboratoire où j’avais fini mon service [...], décidé à consacrer toute mon activité à la littérature.

Au mois d’octobre 1926, Michel Leiris est représentant en librairie, métier qui l’ennuie, mais lui laisse le temps d’écrire. Il adhère au syndicat CGT des V.R.P. (voyageurs représentants placiers).

Il entre à Documents, revue fondée en 1929, par Georges Bataille, Georges Henri Rivière, Carl Einstein et financée par le marchand d’art Georges Wildenstein, le 3 juin 1929, comme secrétaire de rédaction, succédant à un poète, Georges Limbour, et précédant un ethnologue, Marcel Griaule, à son retour d’Éthiopie. Une rencontre décisive pour sa carrière d’ethnographe. À vingt-huit ans, c'est son premier emploi stable, où il reste salarié jusqu’à sa retraite, en 1971.

De 1929 à 1935, il suit une psychanalyse sous la conduite d'Adrien Borel. Il ressent le besoin, pour la parachever, ou en constater l'échec, d'écrire une autobiographie : L'Âge d'Homme. Cette première œuvre est ensuite prolongée par les quatre tomes de La Règle du Jeu, rédigés de 1948 à 1976.

Avec l’appui de Georges Henri Rivière, sous-directeur du Musée d’ethnographie du Trocadéro depuis 1929, Leiris est officiellement recruté, en janvier 1931, par Marcel Griaule en tant qu’homme de lettres et étudiant en ethnologie faisant fonction de secrétaire archiviste de la Mission ethnographique la « Mission Dakar-Djibouti ». Michel Leiris tient le journal de bord de cette mission, publié sous le titre de L'Afrique fantôme, dont la tonalité est de plus en plus personnelle et intime.

La mission comprend, en 1931, six personnes : Marcel Griaule (chef de la mission), Marcel Larget, un naturaliste, chargé de l’intendance et second de la mission, Leiris, Éric Lutten (enquêtes sur les technologies et prises de vue cinématographiques), Jean Mouchet (études linguistiques) et Jean Moufle (enquêtes ethnographiques). Plus tard, André Schaeffner (musicologue), Abel Faivre (géographe et naturaliste), Deborah Lifchitz (1907-1943), linguiste, et Gaston-Louis Roux, recruté sur la recommandation de Leiris comme « peintre officiel de la Mission » chargé d’étudier et collecter des peintures éthiopiennes anciennes et d’en exécuter des copies. À ces personnes, il est essentiel d'ajouter Abba Jérôme Gabra Mussié.

De retour à Paris, il a du mal à se réadapter à la vie parisienne. Il habite, avec sa femme, encore chez sa mère, rue Wilhem.

Il se met à étudier l'ethnologie en suivant les cours de Marcel Mauss à l'Institut d'ethnologie, puis prend la responsabilité du Département d'Afrique noire du Musée d'ethnographie du Trocadéro (ancêtre du Musée de l'Homme).

Il fait un trait, comme Paul Nizan (dans Aden Arabie), sur le voyage comme mode d'évasion, en signant L'Afrique fantôme : monumental journal de voyage dans lequel il détourne les techniques d'enquête et de retranscription ethnographiques pour les appliquer à la description du quotidien et des conditions de travail de l'équipe de chercheurs. La publication de ce texte dans la revue Le Minotaure provoque la rupture avec Marcel Griaule qui craint que la révélation des méthodes brutales utilisées pour la collecte de certains objets sacrés ne porte atteinte à la réputation des ethnographes[1].

Il se donne comme mission d'obtenir les diplômes qui légitimeront ses activités. Son mémoire sur la langue secrète des Dogons présenté à l’École pratique des hautes études (EPHE) est ajourné par Louis Massignon (1883-1962) qui lui reproche de procéder par « explosions successives de pensée » et non par enchaînements discursifs.

Il le présente en juin 1938. Entre temps, en janvier 1935, il commence à suivre les cours sur les religions primitives de Maurice Leenhardt à l’EPHE et, à partir du mois de novembre, une licence de lettres à la Sorbonne.

En 1936, il obtient son certificat d’histoire des religions (option religions primitives), mention bien, et le 21 novembre de la même année un certificat de sociologie. En juin 1937, il décroche son certificat d’ethnologie (options linguistique et Afrique Noire), mention bien, et le 21 d’octobre le diplôme d’amharique de l’École nationale des langues orientales vivantes, mention bien.

Au printemps de l’année 1938, désormais licencié ès lettres, Leiris est nommé directeur de service au Laboratoire d’ethnologie du Muséum national d’histoire naturelle.

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Au mois d’août 1940, le linguiste Boris Vildé (1908-1942), l’anthropologue Anatole Lewitsky (1901-1942) et la bibliothécaire Yvonne Oddon (1902-1982) créent le « secteur Vildé » du réseau de résistance dit Groupe du musée de l'Homme.

Leiris entretient des rapports cordiaux avec le groupe, sans en faire partie, notamment pour préserver la sécurité et les intérêts de Kahnweiler et de la galerie Simon (de Zette), mais Michel Leiris et son épouse abritent, sans aucune réserve, Deborah Lifchitz, juive d’origine polonaise, dans leur appartement de la rue Eugène-Poubelle. Cette collaboratrice de la mission Dakar - Djibouti, meurt à Auschwitz après son arrestation par la police française, le 21 février 1942. Leiris dédie à sa mémoire « La Langue secrète des Dogons de Sanga » à sa publication.

Durant la fin de la guerre, il organisera également dans son salon le 19 mars 1944 la lecture de la première pièce de théâtre de Picasso, Le Désir attrapé par la queue, regroupant une importante partie de l'intelligensia parisienne (Sartre, De Beauvoir, Lacan, Reverdy...) sous la direction d'Albert Camus[2].

Après la guerre, on continue [modifier]

En octobre 1942, Leiris rencontre Sartre au Havre. Les deux écrivains se sont auparavant mutuellement lus et appréciés, Leiris ayant été subjugué par La Nausée et L'âge d'homme ayant fait forte impression sur Sartre.

Cette rencontre sera décisive pour la pensée et l'écriture de Leiris, au point qu'il réalisera une seconde préface à L'âge d'homme marquée par la thématique sartrienne de la « littérature engagée ». Après la Libération, il devient membre de l'équipe fondatrice de la revue Les Temps modernes dirigée par Sartre. Il participe également, avec Alioune Diop, Aimé Césaire, dont il devient l'ami, et Georges Balandier, à la fondation de la revue Présence africaine en 1945. Il écrit également des nouvelles et de nombreux poèmes.

Parallèlement, il embrasse la profession d'ethnologue et en 1943 il est chargé de recherche CNRS au Musée de l'Homme. Il exerce une grande influence sur une nouvelle génération d'ethnologues comme Georges Condominas.

Il est nommé Satrape du Collège de 'Pataphysique en 1957, et publie de nombreux textes dans la revue du Collège.

D'un tempérament mélancolique et angoissé, atteignant une profonde dépression, il tente en 1957 de se suicider, et reste 4 jours dans le coma.

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En 1960, Michel Leiris participe à la fondation et à la direction des Cahiers d’études africaines publiés par l’École pratique des hautes études (VIe section).

En juillet de la même année, prenant position contre le colonialisme, il est notamment un des premiers signataires du Manifeste des 121 - Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, et également membre du Mouvement de la paix publiée en septembre dans différents périodiques, qui furent saisis, vingt-neuf des signataires, dont Leiris, furent inculpés de provocation à l’insoumission et à la désertion.

Le 25 octobre 1960, année de l’accession à l’indépendance des colonies françaises d’Afrique noire et de Madagascar, une commission paritaire du CNRS se réunit en conseil de discipline pour examiner le cas des chercheurs signataires du « Manifeste des 121 ». Tentant de se défendre, Leiris affirme que sa vocation d’ethnologue le pousse à défendre les peuples qu’il étudie et dont il est « l’avocat désigné, celui qui plus que quiconque doit s’attacher à faire admettre leurs droits, sans excepter le droit de lutter à leur tour pour se constituer en nation ». Le 7 décembre, un blâme lui est infligé.

En janvier 1961, quelques mois après la sanction concernant la signature du « Manifeste des 121 », il est promu maître de recherche au CNRS

Jean Rouch conseille à Leiris en 1967 de postuler au grade de directeur de recherche au CNRS (ce qui lui prolonge de trois ans sa carrière). Il est nommé directeur de recherche en janvier 1968.

Il préside avec Simone de Beauvoir, l’association des amis du journal maoïste La Cause du peuple. Il s’associe au mouvement de mai 1968.

Avec Robert Jaulin et Jean Malaurie, il assure durant l'année 1969 la critique des théories d’ethnologie dans le cadre de l’enseignement « critique » et « polémique » donné à la Sorbonne, parallèlement aux cours officiels d’ethnologie.

Il laisse, en plus de son œuvre autobiographique, d'importantes études de critique esthétique et d'ethnologie. Il a notamment travaillé sur la croyance en la possession - zar - dans le nord de l'Éthiopie, l'analysant dans une perspective proche du thème sartrien de la mauvaise foi existentielle et des travaux d'Alfred Métraux sur le culte vaudou.

En matière de critique d'art, l’un des observateurs les plus aigus, Leiris s'est principalement intéressé à la peinture moderne figurative. Il a consacré des articles et des essais aux grands peintres "réalistes" du 20e siècle : Pablo Picasso, Wifredo Lam, André Masson, Alberto Giacometti ou Francis Bacon (dont on peut considérer qu’il était le « découvreur »), avec qui il partagera une amitié dès 1966.

En 1980, Leiris refuse le Grand prix national des lettres

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Son bureau au Musée de l’Homme lui est supprimé, au mois d’août 1984, une mesure rapportée fin septembre par l’assemblée des professeurs du Muséum national d’histoire naturelle, après les protestations et pétitions du personnel du musée. Au mois de janvier de l’année suivante Leiris fait don, au Musée de l’Homme, de ses archives relatives à l’ethnologie et à sa carrière d’ethnographe, archives aujourd'hui conservées (et numérisées) par la bibliothèque du Laboratoire d'anthropologie du Collège de France

Le 7 janvier 1988, un verrou est posé sur la porte de son bureau. Son bureau est cadenassé pour lui en empêcher l'accès et ses notes sont confisquées en 1987. Il n'y revient plus.

Avec Jean Jamin, Leiris fonde en 1986 au musée de l'Homme la revue d'anthropologie Gradhiva, aujourd'hui publiée par le Musée du quai Branly, ainsi que la collection “Les cahiers de Gradhiva” publiée aux éditions Jean-Michel Place.

Hospitalisé à l’Hôpital américain de Neuilly (du 7 au 20 novembre 1989) à la suite d'une crise cardiaque, il décède le dimanche 30 septembre 1990, à 9 h 15 du matin, dans sa maison de Saint-Hilaire (Essonne). Incinéré au crématorium du Père-Lachaise, ses cendres furent placées dans le caveau où reposent Lucie (1882-1945) et son mari Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979), Jeanne Godon et Zette (Louise Alexandrine) Leiris (née Godon le 22 janvier 1902 à Paris).

Leiris a légué ses biens à Amnesty International, à la Fondation des Droits de l’Homme, au Mouvement contre le racisme. Sa bibliothèque et ses manuscrits littéraires sont déposés à la Bibliothèque Jacques Doucet, tandis que les manuscrits de son œuvre et ses archives ethnographiques son déposées au Laboratoire d'anthropologie sociale. Jean Jamin en est l'exécuteur testamentaire.

Une revue internationale consacrée exclusivement à Michel Leiris a été fondée en 2006. Éditée par les Éditions Les Cahiers, les Cahiers Leiris consacrent chacune de leurs livraisons à la publication d'articles critiques et de documents inédits.

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L’Âge d’homme est un récit autobiographique de Michel Leiris, publié en 1939 et considéré comme son œuvre majeure[réf. nécessaire].

L’Âge d’homme est le premier texte littéraire de Michel Leiris à aborder l'autobiographie tout en renouvelant les règles du genre. Il a été écrit entre 1930 et 1935. Il est dédié à Georges Bataille « qui est à l'origine de ce livre ».

Commencé à trente-quatre ans, après une cure psychanalytique, ce récit retrace la vie de son auteur avec le regard rétrospectif de l'autobiographie. Mais le pacte de vérité qu'il sous-entend revêt une forme particulière du fait de l'expérience analytique. En effet, la liberté de ton dont use Leiris n'est pas sans rappeler l'absence de censure du discours analytique à laquelle le patient se prête durant la cure : l’Âge d’homme révèle ainsi les obsessions de l'auteur, morbides et sexuelles, avec une lucidité qui n'exclut pas l'autodérision, comme en atteste l'autoportrait des premières pages. Centré essentiellement sur l'enfance et la jeunesse de Leiris, le récit se veut aussi et surtout une interprétation de l'existence. À l'aune des figures mythologiques qui symbolisent son rapport au monde – Judith et Lucrèce notamment –, Leiris effectue un parallèle constant entre les épisodes de sa vie et ces deux icônes entre lesquelles sa vie balance, celle de la dévoratrice et celle de la femme blessée. Divisée en huit chapitres, l'autobiographie se clôt au moment où Leiris pense avoir atteint l'âge d'homme, qui se confond, pour lui, avec la naissance de sa vocation d'écrivain.

Fin 1945, il revient sur cette œuvre dans un court texte, De la littérature considérée comme une tauromachie, où il compare sa prise de risque dans la description autobiographique de son intimité à celle d'un torero lors d'une corrida.

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Francis Bacon

Né le 28 octobre 1909 à Dublin de parents anglais, décédé le 28 avril 1992 à Madrid est un peintre britannique. Peintre de sujets religieux, figures, portraits, nus, animaux, paysages, peintre à la gouache, aquarelliste, pastelliste, peintre de technique mixte, lithographe. Expressionniste.

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Que voulait signifier Bacon avec ces visages tordus, torturés, décomposés? Voulait-il peindre la chair ou l'âme de ses modèles ?

Voulait-il dire la vanité de la peinture, de la ressemblance, de la reproduction du réel ? Voulait-il dire autre chose que ce jaillissement de matière, entre solide, liquide et gazeux ?

Voulait-il peindre un autre réel, intérieur?

texte
«Je viens d'avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J'ai des cheveux châtains coupés court afin d'éviter qu'ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont: une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise (...); un front développé, plutôt bossué, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes (...). Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé; mon teint est coloré; j'ai honte d'une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante. Mes mains sont maigres, assez velues, avec des veines très dessinées; mes deux majeurs, incurvés vers le bout, doivent dénoter quelque chose d'assez faible ou d'assez fuyant dans mon caractère. Ma tête est plutôt grosse pour mon corps; j'ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche le haut du corps incliné en avant; j'ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté; ma poitrine n'est pas très large et je n'ai guère de muscles. J'aime à me vêtir avec le maximum d'élégance; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure et de mes moyens qui, sans que je puisse me dire pauvre, sont plutôt limités, je me juge d'ordinaire profondément inélégant; j'ai horreur de me voir à l'improviste dans une glace car, faute de m'y être préparé, je me trouve à chaque fois d'une laideur humiliante». TEXTE
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Quelles sont les caractéristiques de cet autoportrait ?

Michel Leiris, auteur du 20ème siècle a subi une psychanalyse pendant près de 10 ans, lui permettant d’écrire L’age d’homme.

I)                   De la peinture à l’écriture

1)      Le portrait physique

2)      Le portrait moral

II)                Les formes énonciatives de l’autoportrait

1)      Etude du système énonciatif

III)             Un travail ne reflétant pas toujours la réalité

1)      Le coté subjectif

2) Un travail pour mieux se comprendre : l’introspection

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Introduction

I) Les matériaux de la prosoprographie d'un personnage

A. Un physique défraîchi par les ans

B. Une description minutieuse

II) Les procédés de dénigrement de soi

A. Un vocabulaire dépréciatif qui témoigne d'un complexe d'infériorité

B. La révélation d'un dégoût de soi

Conclusion

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Je suis d’une taille médiocre, libre et bien proportionnée. J’ai le teint brun, mais assez uni ; le front élevé, et d’une raisonnable grandeur ; les yeux noirs, petits et enfoncés ; et les sourcils noirs et épais, mais bien tournés. Je serois fort empêché de dire de quelle sorte j’ai le nez fait ; car il n’est ni camus, ni aquilin, ni gros, ni pointu, au moins à ce que je crois : tout ce que je sais, c’est qu’il est plutôt grand que petit, et qu’il descend un peu trop bas. J’ai la bouche grande, et les lèvres assez rouges d’ordinaire, et ni bien ni mal taillées. J’ai les dents blanches et passablement bien rangées. On m’a dit autrefois que j’avois un peu trop de menton : je viens de me regarder dans le miroir pour savoir ce qui en est ; et je ne sais pas trop bien qu’en juger. Pour le tour du visage, je l’ai ou carré ou ovale ; lequel des deux, il me seroit difficile de le dire. J’ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec cela assez épais et assez longs pour pouvoir prétendre en belle tête.
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J’ai quelque chose de chagrin et de fier dans la mine : cela fait croire à la plupart des gens que je suis méprisant, quoique je ne le sois point du tout. J’ai l’action fort aisée, et même un peu trop, et jusqu’à faire beaucoup de gestes en parlant. Voilà naïvement comme je pense que je suis fait au dehors ; et l’on trouvera, je crois, que ce que je pense de moi là-dessus n’est pas fort éloigné de ce qui en est. J’en userai avec la même fidélité dans ce qui me reste à faire de mon portrait ; car je me suis assez étudié pour me bien connoître, et je ne manquerai ni d’assurance pour dire librement ce que je puis avoir de bonnes qualités, ni de sincérité pour avouer franchement ce que j’ai de défauts.
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Premièrement, pour parler de mon humeur, je suis mélancolique, et je le suis à un point que depuis trois ou quatre ans à peine m’a-t on vu rire trois ou quatre fois. J’aurois pourtant, ce me semble, une mélancolie assez supportable et assez douce, si je n’en avois point d’autre que celle qui me vient de mon tempérament ; mais il m’en vient tant d’ailleurs, et ce qui m’en vient me remplit de telle sorte l’imagination et m’occupe si fort l’esprit, que la plupart du temps, ou je rêve sans dire mot, ou je n’ai presque point d’attache à ce que je dis. Je suis fort resserré avec ceux que je ne connois pas, et je ne suis pas même extrêmement ouvert avec la plupart de ceux que je connois. C’est un défaut, je le sais bien, et je ne négligerai rien pour m’en corriger : mais comme un certain air sombre que j’ai dans le visage contribue à me faire paraître encore plus réservé que je ne le suis, et qu’il n’est pas en notre pouvoir de nous défaire d’un méchant air qui nous vient de la disposition naturelle des traits, je pense qu’après m’être corrigé au-dedans, il ne laissera pas de me demeurer toujours de mauvaises marques au dehors.
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J’ai de l’esprit et je ne fais point difficulté de le dire car à quoi bon façonner là dessus tant biaiser et tant apporter d’adoucissement pour dire les avantages que l’on a c’est ce me semble cacher un peu de vanité sous une modestie apparente et se servir d’une manière bien adroite pour faire croire de soi beaucoup plus de bien que l’on n’en dit. Pour moi je suis content qu’on ne me croie ni plus beau que je me fais, ni de meilleur humeur que je me dépeins, ni plus spirituel et plus raisonnable que je le suis. J’ai donc de l’esprit encore une fois, mais un esprit que la mélancolie gâte ; car encore que je possède assez bien ma langue, que j’aie la mémoire heureuse, et que je ne pense pas les choses fort confusément, j’ai pourtant une si forte application à mon chagrin, que souvent j’exprime assez mal ce que je veux dire.
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La conversation des honnêtes gens est un des plaisirs qui me touchent le plus. J aime qu’elle soit sérieuse, et que la morale en fasse la plus grande partie. Cependant je sais la goûter aussi lorsqu’elle est enjouée, et si je ne dis pas beaucoup de petites choses pour rire, ce n’est pas du moins que je ne connoisse pas ce que valent les bagatelles bien dites, et que je ne trouve fort divertissante cette manière de badiner, où il y a certains esprits prompts et aisés qui réussissent si bien. J’écris bien en prose, je fais bien en vers, et si j’étois sensible à la gloire qui vient de ce côté-là, je pense qu’avec peu de travail je pourrois m’acquérir assez de réputation.
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J’aime la lecture en général : celle où il se trouve quelque chose qui peut façonner l’esprit et fortifier l’âme est celle que j’aime le plus. Surtout j’ai une extrême satisfaction à lire avec une personne d’esprit ; car de cette sorte on réfléchit à tout moment sur ce qu’on lit, et des réflexions que l’on fait il se forme une conversation la plus agréable du monde et la plus utile.

Je juge assez bien des ouvrages de vers et de prose que l’on me montre ; mais j’en dis peut-être mon sentiment avec un peu trop de liberté. Ce qu’il y a encore de mal en moi, c’est que j’ai quelquefois une délicatesse trop scrupuleuse et une critique trop sévère. Je ne hais pas entendre disputer, et souvent aussi je me mêle assez volontiers dans la dispute : mais je soutiens d’ordinaire mon opinion avec trop de chaleur ; et lorsqu’on défend un parti injuste contre moi, quelquefois, à force de me passionner pour la raison, je deviens moi-même fort peu raisonnable.

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J’ai les sentimens vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d’être tout à fait honnête homme, que mes amis ne me sauroient faire un plus grand plaisir que de m’avertir sincèrement de mes défauts. Ceux qui me connoissent un peu particulièrement, et qui ont eu la bonté de me donner quelquefois des avis là-dessus, savent que je les ai toujours reçus avec toute la joie imaginable, et toute la soumission d’esprit que l’on sauroit désirer.

J’ai toutes les passions assez douces et assez réglées : on ne m’a presque jamais vu en colère, et je n’ai jamais eu de haine pour personne. Je ne suis pas pourtant incapable de me venger si l’on m avoit offensé et qu’il y allât de mon honneur à me ressentir de l’injure qu’on m’auroit faite ; au contraire je suis assuré que le devoir feroit si bien en moi l’office de la haine que je poursuivrois ma vengeance avec encore plus de vigueur qu’un autre.

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L’ambition ne me travaille point. Je ne crains guère de choses et ne crains aucunement la mort. Je suis peu sensible à la pitié, et je voudrois ne l’y être point du tout. Cependant il n’est rien que je ne fisse pour le soulagement d’une personne affligée, et je crois effectivement que l’on doit tout faire, jusqu’à lui témoigner même beaucoup de compassion de son mal ; car les misérables sont si sots, que cela leur fait le plus grand bien du monde. Mais je tiens aussi qu’il faut se contenter d’en témoigner et se garder soigneusement d’en avoir : c’est une passion qui n’est bonne à rien au dedans d’une âme bien faite, qui ne sert qu’à affoiblir le cœur, et qu’on doit laisser au peuple, qui n’exécutant jamais rien par raison, a besoin de passions pour le porter à faire les choses.
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J’aime mes amis et je les aime d’une façon que je ne balancerais pas un moment à sacrifier mes intérêts aux leurs. J’ai de la condescendance pour eux, je souffre patiemment leurs mauvaises humeurs : seulement je ne leur fais beaucoup de caresses, et je n’ai pas non plus de grandes inquiétudes en leur absence.

J’ai naturellement fort peu de curiosité pour la plus grande partie de ce tout qui en donne aux autres gens. Je suis fort secret, et j’ai moins de difficulté que personne à taire ce qu’on m’a dit en confidence. Je suis extrêmement régulier à ma parole ; je n’y manque jamais, de quelque conséquence que puisse être ce que j ai promis ; et je m’en suis fait toute ma vie une loi indispensable. J’ai une civilité fort exacte parmi les femmes ; et je ne crois pas jamais avoir rien dit devant elles qui leur ait pu faire de la peine. Quand elles ont l’esprit bien fait, j’aime mieux leur conversation que celle des hommes : on y trouve une certaine douceur qui ne se rencontre point parmi nous ; et il me semble, outre cela, qu’elles s’expliquent avec plus de netteté, et qu’elles donnent un tour plus agréable aux choses qu’elles disent. Pour galant, je l’ai été un peu autrefois ; présentement je ne le suis plus, quelque jeune que je sois. J’ai renoncé aux fleurettes et je m’étonne seulement de ce qu’il y a encore tant d’honnêtes gens qui s’occupent à en débiter.

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J’approuve extrêmement les belles passions ; elles marquent la grandeur de l’âme ; et quoique dans les inquiétudes qu’elles donnent il y ait quelque chose de contraire à la sévère sagesse, elles s’accommodent si bien d’ailleurs avec la plus austère vertu, que je crois qu’on ne les sauroit condamner avec justice. Moi, qui connois tout ce qu’il ya de délicat et de fort dans les grands sentimens de l’amour, si jamais je viens à aimer, ce sera assurément de cette sorte : mais, de la façon dont je suis, je ne crois pas que cette connoissance que j’ai me passe jamais de l’esprit au cœur.
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Introduction

Écrit en 1659. Autoportrait en relation avec autobiographie, confrontation de son image telle qu’on la voit avec celle des regards des autres.

Etude

I Technique du portrait

1) Enonciation

"je" ouvre le texte, commence la plupart des phrases (23), présent de l'indicatif, locuteur décrit tel qu'il est au moment où il parle et aussi plus largement inscrit dans le temps. Traits permanent ou fugitif. Le locuteur sujet s'observe comme un objet (extérieur) -> effet de miroir.

2) Organisation de la description

De l'ensemble à l'ensemble en passant par le détail : taille, teint, front, yeux, sourcils, nez. Description descendante pour le visage (bouche, lèvres, dents, menton) Impression d'ensemble (mine l.15) portrait organisé, strict.

3) Insistances tailles, formes couleurs

Séries d'anaphores -> volonté d'exactitude. Adjectif renvoie a l'idée de grandeur, petitesse, forme, couleur. Présentation sincère, authentique.

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II Choix d’écriture

1) L’imprécision

Difficulté à recomposer le portrait -> impression d'incertitude. Négation, grande difficulté de décrire de manière sure. Difficulté de trancher entre deux images opposées. Lien logique d'opposition (mais) n'oppose rien. Adverbe d'atténuation -> incertaines floues (assez, plutôt). Désaccord entre le locuteur et l'avis des autres. Détails précis mais incertitude des formes = paradoxes étonnants.

2) Un ton pourtant assuré

Ordre précis sans mot de liaison, effet de parataxe. Présent de généralité ôte possibilité de modification.

3) Marque de sincérité

Ignorance sur la volonté de bien se connaître. Il s'appuie sur l'affirmation d'ignorance et sur une étude prouvant sa volonté de bien se connaître -> paradoxes. Souci de faire coïncider l'image donné par le portrait et l'image qu'ont les autres.

Conclusion

Apparence physique n’offre que peu de particularités. Descriptif minimum, tantôt précis, tantôt incertain. Ce que les autres voient de nous renvoie-t-il ce que nous sommes ?

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François-René, vicomte de Chateaubriand, né à Saint-Malo le 4 septembre 1768 et mort à Paris le 4 juillet 1848, est un écrivain romantique et homme politique français. Il est considéré comme l'une des figures centrales du romantisme français et de la littérature française en général.

Si le rôle politique de Chateaubriand dans la mouvance royaliste au moment du Premier Empire et de la Restauration est resté mineur, il en va tout autrement dans le domaine littéraire où sa place est grande. En effet ses descriptions de la nature et son analyse des sentiments du « moi » en ont fait un modèle pour la génération des écrivains romantiques en France (« Je veux être Chateaubriand ou rien » proclamait le jeune Victor Hugo). Il a aussi, le premier, dans René, ou les Effets des passions (1802) formulé le « vague des passions » qui deviendra un lieu commun du romantisme et fera de René le personnage emblématique de cette sensibilité nouvelle, créée avec une prose ample et rythmée que ses détracteurs qualifieront d'ampoulée.

Il participera aussi au goût pour l'exotisme de l'époque en évoquant l'Amérique du nord où il a voyagé dans Atala (1801) ou Les Natchez (1826) ou encore dans le récit de son voyage en Méditerranée dans Itinéraire de Paris à Jérusalem en 1811.

Ses œuvres engagées où il fait l'apologie du christianisme comme le Génie du christianisme (1802), Les Martyrs (1809) ont davantage vieilli. Il en va de même pour ses textes politiques comme De Bonaparte et des Bourbons (1814).

L'œuvre monumentale de Chateaubriand reste les Mémoires d'outre-tombe (posthumes, 1849-1850) dont les premiers livres recréent son enfance et sa formation dans son milieu social de petite noblesse bretonne à Saint-Malo ou à Combourg alors que les livres suivants relèvent davantage du tableau historique des périodes dont il a été le témoin de 1789 à 1841. Ce qui fait de ce texte à la fois un chef-d'œuvre de l'autobiographie romantique et une mine d'informations pour l'historien.

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Mémoires d'outre-tombe est une autobiographie de François-René de Chateaubriand, dont la rédaction commence en 1809, sous le titre Mémoires de ma vie, et s'achève en 1841.

L'édition originale des Mémoires d'outre-tombe, titre final du projet, sera publiée en 12 volumes entre 1849 et 1850 chez Penaud frères (Paris), après une diffusion en feuilleton dans le journal La Presse.

On divise cette œuvre en quatre parties distinctes :

livres 1 à 12, carrière de soldat et de voyageur ;

livres 13 à 18, carrière littéraire ;

livres 19 à 34, carrière politique ;

livres 35 à 42, retraçant la fin de sa vie.

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[Ce livre a été écrit, à la Vallée-aux-Loups, près d'Aulnay, d'octobre 1811 à juin 1812.]Naissance de mes frères et sœurs. - Je viens au monde.

Ma mère accoucha à Saint-Malo d'un premier garçon qui mourut au berceau, et qui fut nommé Geoffroy, comme presque tous les aînés de ma famille. Ce fils fut suivi d'un autre et de deux filles qui ne vécurent que quelques mois.Ces quatre enfants périrent d'un épanchement de sang au cerveau. Enfin, ma mère mit au monde un troisième garçon qu'on appela Jean-Baptiste : c'est lui qui dans la suite devint le petit-gendre de M. de Malesherbes. Après Jean-Baptiste naquirent quatre filles : Marie-Anne, Bénigne, Julie et Lucile, toutes quatre d'une rare beauté, et dont les deux aînées ont seules survécu aux orages de la Révolution. La beauté, frivolité sérieuse, reste quand toutes les autres sont passées. Je fus le dernier de ces dix enfants

TEXTE
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Il est probable que mes quatre sœurs durent leur existence au désir de mon père d'avoir son nom assuré par l'arrivée d'un second garçon ; je résistais, j'avais aversion pour la vie.Voici mon extrait de baptême:

«Extrait des registres de l'état civil de la commune de Saint-Malo pour l'année 1768.«François-René de Chateaubriand, fils de René de Chateaubriand et de Pauline-Jeanne-Suzanne de Bedée, son épouse, né le 4 septembre 1768, baptisé le jour suivant par nous Pierre-Henri Nouail, grand vicaire de l'évêque de Saint-Malo.

A été parrain Jean-Baptiste de Chateaubriand, son frère, et marraine Françoise-Gertrude de Contades, qui signent et le père. Ainsi signé au registre : Contades de Plouër, Jean-Baptiste de Chateaubriand, Brignon de Chateaubriand, de Chateaubriand et Nouail, vicaire général «

On voit que je m'étais trompé dans mes ouvrages : je me fais naître le 4 octobre,

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le frère infortuné qui me donna un nom que j'ai presque toujours traîné dans le malheur. Le ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées.
texte 252
TEXTE 2
  • VOIR MANUEL
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Jean-Paul Sartre est un philosophe et écrivain français (dramaturge, romancier et nouvelliste), né le 21 juin 1905 à Paris et mort le 15 avril 1980 dans sa ville natale. Sa vie d'intellectuel révolutionnaire a suscité polémiques et réticences. Prolifique et hyperactif, il est autant connu pour son œuvre, et notamment ses paradigmes philosophiques que l'on regroupe sous le nom d'existentialisme, que pour son engagement politique à l'extrême gauche.

L'œuvre de Jean-Paul Sartre est riche d'essais et de textes philosophiques majeurs comme L'Être et le Néant (1943) ou L'existentialisme est un humanisme (1945), mais aussi de textes littéraires avec son recueil de nouvelles publié en 1939 Le Mur ou ses romans : La Nausée (1938) et Les Chemins de la liberté (1945). Son théâtre avec des pièces – par exemple Les Mouches (1943), Huis clos (1944) ou Les Mains sales (1948) - est également une part importante de son activité littéraire durant la période existentialiste. Dans une période plus tardive, il publie aussi en 1964 un texte autobiographique remarqué Les Mots qui porte sur les onze premières années de sa vie, ainsi qu'une vaste étude sur Gustave Flaubert (L'Idiot de la famille, 1970-1971).

Intransigeant et fidèle à lui-même et à ses idées, il a toujours rejeté les honneurs (à l'exception toutefois du titre de Docteur Honoris Causa de l'Université de Jérusalem en 1976). Il a notamment refusé le prix Nobel de littérature 1964.

Sartre est connu aussi comme le compagnon de Simone de Beauvoir.

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Les Mots est le titre d'une autobiographie publiée par Jean-Paul Sartre en 1964.

Le récit couvre son enfance de 4 à 11 ans et se divise en deux parties :« Lire » et « Écrire ».

Le titre originellement prévu était Jean sans terre pour le jeu de mots mais aussi en référence à Jean d'Angleterre, sans héritage.

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Présentation et structure de l'œuvre

Le texte est divisé en deux parties à peu près équivalentes intitulées « Lire » et « Écrire ». Cependant, selon Philippe Lejeune, ces deux parties ne sont qu'une façade et ne révèlent pas la progression chronologique de l'œuvre. Il considère que le texte devrait plutôt être divisé en cinq parties qu'il appelle « actes ».

* Le premier acte présente dans un ordre chronologique la préhistoire de l'enfant en donnant ses origines familiales.

* Le deuxième acte évoque les différentes comédies qu'a joué Sartre sous l'influence de ses parents en s'enfermant dans un monde imaginaire.

* Le troisième acte est la prise de conscience de son imposture, sa contingence, sa peur de la mort et sa laideur.

* Le quatrième acte présente le développement d'une nouvelle imposture, dans laquelle Sartre prend diverses postures d'écrivain.

* Le cinquième acte évoque la folie de Sartre, qu'il considère comme la source de son dynamisme ainsi que l'annonce d'un second livre qu'il n'écrivit finalement pas car il s'éteignit.

Analyse et commentaires

Le premier titre auquel pensait Jean-Paul Sartre était Jean sans terre, qu'il fallait comprendre selon Jean-Bertrand Pontalis comme Jean sans père, et son projet était de revenir sur son enfance petite-bourgeoise qui l'avait « programmé » pour être un homme des mots alors qu'aucun livre ne fait le poids face aux malheurs des hommes réels. C'est pour démystifier l'écriture, considérée maintenant comme une composante de l'idéologie bourgeoise, qu'il entreprend de régler ses comptes avec l'enfant roi et bouffon que sa famille - et en particulier sa mère et son grand-père Karl Schweitzer - avait fabriqué. Né « fils d'un mort », d'une mère privée de ses droits et d'un grand-père autoritaire, il décrit comment il a joué une « comédie des adultes » durant ses jeunes années : « J'étais un polichinelle, un pasquin, un grimacier. »

Comme tout autobiographe, l'auteur joue du dévoilement orienté en cherchant à illustrer sa thèse en maniant avec aisance l'auto-ironie. Mais il s'agit bien d'une mise en scène de l'enfant qu'il dit avoir été ; cette recréation de son enfance comporte en effet des erreurs chronologiques et des choix révélateurs comme le démontre la biographie détaillée établie par Annie Cohen-Solal. Sartre tout en racontant sa propre histoire a entremêlé celle de son époque.

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Julien Green est né à Paris de parents américains, descendant du côté de sa mère du sénateur Julian Hartridge (1829-1879), qui eut plus tard la fonction de représentant démocrate de la Géorgie au congrès américain, et dont Julien Green porte le nom. (Green a été baptisé "Julian", l'orthographe a été changée en "Julien" par son éditeur français dans les années 1920).

Après la mort de sa mère, une protestante pieuse, il se convertit au catholicisme en 1916, à la suite de son père et de plusieurs de ses sœurs. Âgé de 17 ans, Julien Green tente de s'engager dans le Service des ambulances de l'armée américaine, dont il est chassé lorsqu'on découvre son âge. Il parvient cependant à rejoindre les rangs de la Croix-Rouge américaine, puis est détaché dans l’artillerie française en 1918, en tant que sous-lieutenant. Démobilisé en mars 1919, il se rend pour la première fois aux États-Unis en septembre 1919 et effectue trois ans d'études à l’Université de Virginie, où il écrit son premier livre en anglais.

En juillet 1940, après la défaite de la France, il revint en Amérique. En 1942, il fut mobilisé et envoyé à New York pour servir au Bureau Américain de l'information de guerre. De là, cinq fois par semaine il s'adressait à la France dans l'émission radio Voice of America, travaillant entre autres avec André Breton et Yul Brynner. Green revint en France juste après la seconde guerre mondiale.

Sa carrière qui fit de lui un écrivain majeur de la littérature française du XXe siècle débuta peu après son retour des États-Unis. Catholique pratiquant, la plupart de ses livres traitent des problèmes de la foi et de la religion ainsi que de l'hypocrisie. Plusieurs de ses livres ont traité des États-Unis du sud, l'auteur se caractérisant partout dans sa vie comme un "Sudiste". Il a hérité ce patriotisme de sa mère, qui venait d'une famille distinguée du sud. Quelques années avant la naissance de Julien, quand on a offert au père de Julien un choix de postes (avec sa banque) en Allemagne ou en France, la mère de Julien a appuyé le choix de la France en raison du fait que les Français étaient "aussi un peuple fier, récemment vaincus dans la guerre et nous nous comprendrons mutuellement." (la référence portait sur la défaite de la France en 1871 dans la guerre franco prussienne).

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En France, pendant sa vie et encore aujourd'hui, sa célébrité repose principalement non pas sur ses romans, mais sur ses journaux, publiés en dix volumes entre 1926 et 1976. Ceux-ci fournissent une chronique de sa vie littéraire et religieuse et un panorama unique sur la scène artistique et littéraire à Paris sur un demi-siècle. Le style de Green, austère et employant à grand effet le passé simple, un temps quasiment abandonné par ses auteurs contemporains, trouve la faveur de l'Académie française dont il sera membre.

Il fut en effet le premier non-français élu à l'Académie française le 3 juin 1971, au fauteuil 22, succédant à François Mauriac. Sa réception officielle eut lieu le 16 novembre 1972.Il se déclara démissionnaire de l'Académie en 1996, mais celle-ci ne lui choisit aucun successeur avant sa disparition en 1998.

Toute l'œuvre de Green, qui fut profondément marquée tant par son homosexualité que par sa foi catholique, est dominée par la question du bien et du mal, et de la sexualité. À côté d'un grand nombre de romans, il rédigea aussi un journal[1] en 18 tomes entre 1926 et 1998. Son livre Si j'étais vous a inspiré la psychanalyste Mélanie Klein.

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Même si Green écrivait principalement en français, il a aussi écrit quelques ouvrages en anglais puisqu'il était parfaitement bilingue. Il a traduit certaines de ses propres œuvres en anglais, se faisant parfois aider par sa sœur Anne. Une édition de certaines de ses traductions est publiées dans 'Le langage et son double', en édition bilingue présentant le texte anglais en regard du texte français, ce qui facilite grandement la comparaison directe. Malgré ses qualités littéraires en anglais, l'écrivain reste largement inconnu dans le monde anglo-saxon. Il n'a jamais possédé la nationalité française : Georges Pompidou la lui avait proposée en 1972 après son élection à l'Académie, mais il l'a déclinée.

Jusqu'à présent, trois de ses ouvrages ont été adaptés au cinéma : Léviathan (1962), dont il écrit lui-même le script, en est le plus connu. Adrienne Mesurat (1953) et La Dame de pique (1965) sont également tirés de son œuvre.

Il fut enterré le 21 août 1998 à Klagenfurt (Autriche) dans l'église St. Egid. Ému par une statue ancienne de la Vierge Marie lors d'une visite en 1990, l'écrivain souhaitait d'être inhumé dans une des chapelles de cette église.

Julien Green est le père adoptif de l'écrivain Éric Jourdan qui lui resta filialement fidèle jusqu'à sa mort. Selon Éric Jourdan, en 1994, Green avait décidé de déménager pour aller vivre à Forlì, en Italie, dans une maison qui avait appartenu à Caterina Sforza, mais sa santé fragile ne lui permit pas de mettre ce projet à exécution.

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TEXTE
  • Ecrire n'importe quoi est peut-être le meilleur moyen d'aborder les sujets qui comptent , d'aller au plus profond par le chemin le plus court ... on dira tous uniment ce qui passe par la tête ...au gré du souvenir ... la mémoire nous livre tout en désordre ... à tout moment de jour ..on imitera ce désordre ...  Il n'y aura pas d'itinéraire précis dans l'exploration de notre passé et c'est ainsi que je vois les choses aujourd'hui ,20 novembre 1959...
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Louis Ferdinand Auguste Destouches, plus connu sous son nom de plume Louis-Ferdinand Céline (prénom de sa grand-mère et l'un des prénoms de sa mère), généralement abrégé en Céline (1894-1961), est un médecin et écrivain français, le plus traduit et diffusé dans le monde parmi ceux du XXe siècle après Marcel Proust.

Sa pensée nihiliste est teintée d'accents héroïcomiques et épiques. Controversé en raison de ses pamphlets antisémites et de son engagement collaborationniste, il n'en demeure pas moins un des plus grands écrivains de la littérature française du XXe siècle.

Il est le créateur d'un style qui traduit toute la difficulté d'une époque à être et à se dire et qui exprime sa haine du monde moderne. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands prosateurs de son temps, aux côtés d'autres connaisseurs de l'absurdité humaine comme Albert Camus, Jean-Paul Sartre ou Samuel Beckett[1].

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Le roman raconte l’enfance et l’adolescence de Ferdinand, fils de petits commerçants à Paris. Bien vite, Ferdinand se montre indiscipliné à l’école. Après son certificat d’étude, ses parents le placent en tant que « grouillot » chez un bijoutier. En l’absence de celui-ci, sa femme viole littéralement le jeune Ferdinand (qui n’est qu’à moitié consentant) et en profite pour lui voler le bijou qu’il devait livrer. Ses parents l’envoient alors en séjour linguistique en Grande-Bretagne, dans un collège dirigé par Peter et Nora Merrywin. Leur établissement ne tarde pas à péricliter, et avant de se suicider par noyade, Nora couchera avec Ferdinand.Celui-ci revient alors à Paris, où ses parents se sont considérablement appauvri. A la suite d’une violente dispute avec son père, Ferdinand part vivre chez son oncle Edouard, un modèle de compassion et de tendresse. Il lui trouve une place d’assistant auprès de Courtial des Pereires, inventeur loufoque, escroc, mais très attachant.Au terme de la énième invention sans lendemain (l’agriculture tellurique, dans laquelle il a engagé toutes ses économies), Courtial se suicide d’un coup de fusil dans la tête. Ferdinand rentre chez son oncle à Paris, et lui annonce qu’il a décidé de s’engager dans l’armée.
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TEXTE

Le matin du certificat, ma mère a fermé sa boutique pour pouvoir mieux

m'encourager. Ça se passait à la Communale près de Saint-Germainl'Auxerrois

dans le préau même. Elle me recommandait en route d'avoir bien

confiance en moi-même. Le moment était solennel, elle pensait à Caroline,

ça la faisait encore pleurnicher...

Tout autour du Palais-Royal, elle m'a fait réciter mes Fables et la liste des

Départements... À huit heures juste, devant la grille, nous étions là, qu'on

nous inscrive. Y avait du soin dans les habits, tous les mômes étaient

décrottés, mais énervés au possible, les mères aussi.

Y a eu d'abord la dictée, ensuite des problèmes. C'était pas très difficile,

je me souviens, y avait qu'à copier. On faisait, nous, partie des refusés de

l'automne, de la session précédente. Pour presque tous c'était tragique... qui

voulaient devenir apprentis... À l'oral, je suis tombé très bien, sur un

bonhomme tout corpulent, qu' avait des verrues plein son nez. Il portait une

grande lavallière, un peu dans le genre de l'oncle Arthur, c'était pourtant pas

un artiste... pharmacien qu'il avait été, rue Gomboust. Y a des personnes qui

le connaissaient. Il m' a posé deux questions à propos des plantes... Ça je ne

savais pas du tout... il s' est répondu à lui-même... J' étais bien confus.

Alors il m'a demandé la distance entre le soleil et la lune et puis la terre et

l'autre côté... Je n'osais pas trop m'avancer... il a fallu qu'il me repêche. Sur la

question des saisons je savais un petit peu mieux. J'ai marmonné des choses

vagues... Vrai il était pas exigeant... Il finissait tout à ma place.

Alors il m' a posé la question sur ce que j'allais faire dans l' avenir, si j'

avais un certificat?

«Je vais entrer, que j' ai dit lâchement, dans le commerce.

– C'est dur le commerce mon petit! ... qu'il m'a répondu... Vous pourriez

peut-être encore attendre?... Peut-être encore une autre année?...»

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Il devait pas me trouver costaud... Du coup j'ai cru que j'étais collé... Je

pensais au retour à la maison, au drame que j'allais déclencher... Je sentais

monter un vertige... Je croyais que j'allais défaillir, tellement que je me

sentais battre... Je me suis raccroché... Le vieux il m' a vu pâlir...

«Mais non mon petit ! Qu'il me fait, rassurez-vous donc ! Tout ça n' a pas d'

importance ! Moi je vais vous recevoir ! Vous y entrerez dans la vie !

Puisque vous y tenez tant que ça !»

J'ai été me rasseoir sur le banc, à distance, en face du mur ! ... J'étais

quand même bouleversé. Je me demandais si c'était pas un mensonge

commode... Pour se débarrasser. Ma mère était devant l'église sur la petite

place, elle attendait les résultats...

C'était pas fini pour tout le monde... Il restait des mômes... Je les voyais

les autres à présent. Ils bafouillaient leurs confidences, par-dessus le tapis...

la carte de France, les continents

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Depuis qu'il m'avait dit ces mots à propos d'entrer dans la vie, je les

regardais les petits compagnons, comme si jamais je les avais vus...

L'angoisse d'être reçus, les coinçait tous contre la table, ils se tortillaient

comme dans un piège.

C'était ça rentrer dans la vie? Ils essayaient dans l'instant même, de

s'arrêter d'être que des mômes... Ils faisaient des efforts de figure, pour déjà

prendre des allures d' hommes...

On se ressemblait tous à peu près, comme ça vêtus, en tablier, c'étaient

des enfants comme moi, de petits commerçants du centre, des façonniers,

des «bazars»... ils étaient tous assez chétifs... ils s'écarquillaient les mirettes,

ils en haletaient comme des petits clebs, dans l'effort de répondre au vieux...

Les parents le long de la muraille, ils surveillaient la procédure... Ils

jetaient les regards vers leurs moutards, des coups de châsses carabinés, des

ondes à leur couper la chique.

Les gosses, ils se gouraient à tous coups... Ils se ratatinaient davantage...

Le vieux il était inlassable... Il répondait pour tout le monde... C'était la

session des crétins... Les mères s'empourpraient à mesure... Elles menaçaient

de mille raclées... Ça sentait le massacre dans la piaule... Enfin tous les

mômes y ont passé... Il restait plus que le palmarès... C'était le plus beau du

miracle! ... Tout le monde était reçu finalement! L'inspecteur d'académie l'a

proclamé sur l'estrade... Il avait un bide à chaîne, une grosse breloque qui

sautillait entre chaque phrase. Il bafouillait un petit peu, il s'est gouré dans

tous les noms... Ça n'avait aucune importance...

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Nathalie Sarraute, née Natalyia (Natacha) Tcherniak à Ivanovo, en Russie, le 18 juillet 1900, et décédée à Paris le 19 octobre 1999, est un écrivain français d'origine russe. Elle est la mère de Claude Sarraute, journaliste, romancière et comédienne, de Dominique Sarraute, photographe, et d'Anne Sarraute.
nathalie sarraute enfance
Nathalie Sarraute, Enfance
  • Enfance est une autobiographie écrite par Nathalie Sarraute (1900 - 1999), publiée en 1983.
  • Nathalie Sarraute y raconte, sous forme d'un dialogue avec elle-même, ses souvenirs d'enfance. Cette période est déchirée entre ses parents, divorcés, et entre la Russie et la France. N. Sarraute essaye d'être aussi sincère que possible, et son roman s'avère être une sorte d'introspection où elle s'interroge sur la véritable nature de sa mère, froide et distante, et qui finit par l'abandonner complètement à l'adolescence. Toutefois, elle explique qu'elle renoue ses liens avec sa mère vers la fin du livre.
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Incipit

— Alors, tu vas vraiment faire ça ? « Évoquer tes souvenirs d’enfance »… Comme ces mots te gênent, tu ne les aimes pas. Mais reconnais que ce sont les seuls mots qui conviennent. Tu veux « évoquer tes souvenirs »… il n’y a pas à tortiller, c’est bien ça.

— Oui, je n’y peux rien, ça me tente, je ne sais pas pourquoi…

— C’est peut-être… est-ce que ce ne serait pas… on ne s’en rend parfois pas compte… c’est peut-être que tes forces déclinent…

— Non, je ne crois pas… du moins je ne le sens pas…

— Et pourtant ce que tu veux faire… « évoquer tes souvenirs »… est-ce que ce ne serait pas…

— Oh, je t’en prie…

— Si, il faut se le demander : est-ce que ce ne serait pas prendre ta retraite ? te ranger ? quitter ton élément, où jusqu’ici, tant bien que mal…

— Oui, comme tu dis, tant bien que mal.

— Peut-être, mais c’est le seul où tu aies jamais pu vivre… celui…

— Oh, à quoi bon ? je le connais.

— Est-ce vrai ? Tu n’as vraiment pas oublié comment c’était là-bas ? comme là-bas tout fluctue, se transforme, s’échappe… tu avances à tâtons, toujours cherchant, te tendant… vers quoi ? qu’est-ce que c’est ? ça ne ressemble à rien… personne n’en parle… ça se dérobe, tu l’agrippes comme tu peux, tu le pousses… où ? n’importe où, pourvu que ça trouve un milieu propice où ça se développe, où ça parvienne peut-être à vivre… Tiens, rien que d’y penser…

— Oui, ça te rend grandiloquent. Je dirai même outrecuidant. Je me demande si ce n’est pas toujours cette même crainte… Souviens-toi comme elle revient chaque fois que quelque chose d’encore informe se propose… Ce qui nous est resté des anciennes tentatives nous paraît toujours avoir l’avantage sur ce qui tremblote quelque part dans les limbes…

— Mais justement, ce que je crains, cette fois, c’est que ça ne tremble pas… pas assez… que ce soit fixé une fois pour toutes, du « tout cuit », donné d’avance…

— Rassure-toi pour ce qui est d’être donné… c’est encore tout vacillant, aucun mot écrit, aucune parole ne l’ont encore touché, il me semble que ça palpite faiblement… hors des mots… comme toujours… des petits bouts de quelque chose d’encore vivant… je voudrais, avant qu’ils disparaissent… laisse-moi…

— Bon. Je me tais… d’ailleurs nous savons bien que lorsque quelque chose se met à te hanter…

— Oui, et cette fois, on ne le croirait pas, mais c’est de toi que me vient l’impulsion, depuis un moment déjà tu me pousses…

— Moi ?

— Oui, toi par tes objurgations, tes mises en garde… tu le fais surgir… tu m’y plonges…

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L’incipit d’Enfance met en scène deux interlocuteurs dont on ne connaît pas, de prime abord, l’identité. On dit qu’il s’agit d’un incipitin medias res (c’est-à-dire au milieu de l’action ; en l’occurrence au milieu d’une conversation). Ce sont les déictiques « ça », la séquence « évoquer tes souvenirs d’enfance » (l’expression est mise entre guillemets, ce qui signifie que l’interlocuteur reprend l’expression du narrateur principal) et l’adverbe « alors » qui nous montrent que la conversation semble avoir déjà commencé.
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TEXTE

Vraiment ce devoir mérite que je le montre à mon père. Il aime regarder mes devoirs. Surtout mes devoirs de français.Il faut que nous soyons seuls, il est tacitement entendu que Véra* ne doit pas être présente. Comme il est convenu entre nous,sans qu'un mot ait été dit,qu'elle ne doit jamais être là quand je fais signer à mon père mon carnet de notes.Bien sûr,la croix que la maîtresse épingle sur mon tablier et que je porte toute la semaine,il est impossible d'éviter qu'elle la voie et que ne se soulèvent en elle comme des vaguelettes de mécontentement,d'hostilité.Quand j'entre dans le cabinet de travail de mon père avec ma copie à la main,il abandonne aussitôt ce qu'il est en train de faire et se met à m'écouter...et moi,en lui lisant,je retrouve les joies de la récitation,encore accrues...

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Le refus du projet autobiographique traditionnel

* Le narrateur principal est « tenté » par l’évocation des souvenirs d’enfance et se défend d’abandonner l’esthétique qu’il a adoptée dans ses précédentes œuvres :

— Mais justement, ce que je crains, cette fois, c’est que ça ne tremble pas… […]

— Rassure-toi pour ce qui est d’être donné… […] je voudrais, avant qu’ils disparaissent…

* Son interlocuteur, le « double », permet au narrateur principal de se justifier sur son projet littéraire, de s’interroger sur ses motivations. En relançant incessamment le dialogue, il contribue à faire naître la vérité sur l’entreprise littéraire et sur les intentions de son interlocuteur.

* Dans cet incipit, on n’apprend rien sur l’auteur, contrairement à d’autres textes autobiographiques (voir par exemple l’extrait des Confessions de Rousseau ci-dessous).

Le locuteur et son double

Ils semblent bien se connaître :

* Ils se tutoient systématiquement.

* Dans plusieurs répliques, la voix narrative manifeste sa connaissance de l’auteur : « comme ces mots te gênent, tu ne les aimes pas ».

* Le double connaît l’esthétique littéraire de l’écrivain : « Tu n’as vraiment pas oublié comment c’était là-bas ? […] ». Comme ces deux locuteurs se connaissent bien, le double garantit l’authenticité des propos autobiographiques du narrateur principal car il est présenté dans l’incipit comme apte à remettre en cause les énoncés.

* Le double n’hésite pas à railler le narrateur principal et utilise un vocabulaire familier : « est-ce que ce ne serait pas prendre ta retraite ? », « il n’y a pas à tortiller », etc.

* Le pronom personnel nous dans « ce qui nous est resté des anciennes tentatives nous paraît toujours » et dans « d’ailleurs nous savons bien » montre que les deux voix narratives ont une expérience commune.

Dans « Oui, ça te rend grandiloquent. Je dirai même outrecuidant. », « grandiloquent » et « outrecuidant » ne sont pas accordés au féminin → cette instance narrative est asexuée, neutre.

On peut émettre une hypothèse sur l’identité des voix narratives : la première voix est certainement celle d’un double de l’auteur, et la seconde voix est celle de l’auteur.

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Baudelaire – Spleen – J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,De vers, de billets doux, de procès, de romances,Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,Cache moins de secrets que mon triste cerveau.C’est une pyramide, un immense caveau,Qui contient plus de morts que la fosse commune.— Je suis un cimetière abhorré de la lune,Où comme des remords se traînent de longs versQui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,Où gît tout un fouillis de modes surannées,Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,Quand sous les lourds flocons des neigeuses annéesL’ennui, fruit de la morne incuriosité,Prend les proportions de l’immortalité.— Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux ;Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,Oublié sur la carte, et dont l’humeur faroucheNe chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.
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René Guy Cadou (1920-1951) Automne

Odeur des pluies de mon enfance

Derniers soleils de la saison !

A sept ans comme il faisait bon,

Après d'ennuyeuses vacances,

Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,

Pleine de guêpes écrasées,

Sentait l'encre, le bois, la craie

Et ces merveilleuses poussières

Amassées par tout un été.

O temps charmant des brumes douces,

Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,

Le vent souffle sous le préau,

Mais je tiens entre paume et pouce

Une rouge pomme à couteau.

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Paul Eluard, Le Temps déborde (1947) Notre vie

Notre vie tu l'as faite elle est ensevelieAurore d'une ville un beau matin de maiSur laquelle la terre a refermé son poingAurore en moi dix-sept années toujours plus clairesEt la mort entre en moi comme dans un moulin

Notre vie disais-tu si contente de vivreEt de donner la vie à ce que nous aimionsMais la mort a rompu l'équilibre du tempsLa mort qui vient la mort qui va la mort vécueLa mort visible boit et mange à mes dépens

Morte visible Nusch invisible et plus dureQue la faim et la soif à mon corps épuiséMasque de neige sur la terre et sous la terreSource des larmes dans la nuit masque d'aveugleMon passé se dissout je fais place au silence.

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Baudelaire Les Fleurs du mal . L'Ennemi

   Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,     Traversé çà et là par de brillants soleils ;     Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,     Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.     Voilà que j'ai touché l'automne des idées,     Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux     Pour rassembler à neuf les terres inondées,     Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.     Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve     Trouveront dans ce sol lavé comme une grève     Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?     - Ô douleur ! Ô douleur ! Le temps mange la vie,     Et l'obscur ennemi qui nous ronge le cœur     Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

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Jacques Brel Mon enfance

Mon enfance passaDe grisailles en silencesDe fausses révérencesEn manque de bataillesL'hiver j'étais au ventreDe la grande maisonQui avait jeté l'ancreAu nord parmi les joncsL'été à moitié nuMais tout à fait modesteJe devenais indienPourtant déjà certainQue mes oncles repusM'avaient volé le Far WestMon enfance passaLes femmes aux cuisinesOù je rêvais de ChineVieillissaient en repasLes hommes au fromageS'enveloppaient de tabacFlamands taiseux et sagesEt ne me savaient pasMoi qui toutes les nuitsAgenouillé pour rienArpégeais mon chagrinAu pied du trop grand litJe voulais prendre un trainQue je n'ai jamais prisMon enfance passaDe servante en servanteJe m'étonnais déjàQu'elles ne fussent point plantesJe m'étonnais encore

De ces ronds de familleFlânant de mort en mortEt que le deuil habilleJe m'étonnais surtoutD'être de ce troupeauQui m'apprenait à pleurerQue je connaissais tropJ'avais L'œil du bergerMais le cœur de l'agneauMon enfance éclataCe fut l'adolescenceEt le mur du silenceUn matin se brisa

Ce fut la première fleurEt la première filleLa première gentilleEt la première peurJe volais je le jureJe jure que je volaisMon cœur ouvrait les brasJe n'étais plus barbareEt la guerre arrivaEt nous voilà ce soir.

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Victor HUGO (1802-1885)contemplations)

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !

Doux rayon triste et réchauffant !

- Lorsqu'elle était petite encore,

Que sa soeur était tout enfant... -

Connaissez-vous, sur la colline

Qui joint Montlignon à Saint-Leu,

Une terrasse qui s'incline

Entre un bois sombre et le ciel bleu ?

C'est là que nous vivions, - Pénètre,

Mon coeur, dans ce passé charmant !

Je l'entendais sous ma fenêtre

Jouer le matin doucement.

Elle courait dans la rosée,

Sans bruit, de peur de m'éveiller ;

Moi, je n'ouvrais pas ma croisée,

De peur de la faire envoler.

Ses frères riaient... - Aube pure !

Tout chantait sous ces frais berceaux,

Ma famille avec la nature,

Mes enfants avec les oiseaux ! -

Je toussais, on devenait brave.

Elle montait à petits pas,

Et me disait d'un air très grave :

" J'ai laissé les enfants en bas. "

Qu'elle fût bien ou mal coiffée,

Que mon coeur fût triste ou joyeux,

Je l'admirais. C'était ma fée,

Et le doux astre de mes yeux !

Nous jouions toute la journée.

Ô jeux charmants ! chers entretiens !

Le soir, comme elle était l'aînée,

Elle me disait : " Père, viens !

Nous allons t'apporter ta chaise,

Conte-nous une histoire, dis ! " -

Et je voyais rayonner d'aise

Tous ces regards du paradis.

Alors, prodiguant les carnages,

J'inventais un conte profond

Dont je trouvais les personnages

Parmi les ombres du plafond.

Toujours, ces quatre douces têtes

Riaient, comme à cet âge on rit,

De voir d'affreux géants très-bêtes

Vaincus par des nains pleins d'esprit.

J'étais l'Arioste et l'Homère

D'un poème éclos d'un seul jet ;

Pendant que je parlais, leur mère

Les regardait rire, et songeait.

Leur aïeul, qui lisait dans l'ombre,

Sur eux parfois levait les yeux,

Et moi, par la fenêtre sombre

J'entrevoyais un coin des cieux !

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L’UNIVERS AUTOBIOGRAPHIQUE

OBJECTIF : Analyser une chanson et découvrir les thèmes liés à l’écriture de soi

Support : Olivia RUIZ, J’traîne les pieds

Olivia Ruiz Je traîne les pieds

Paroles: Olivia Ruiz. Musique: Ben Ricour 2005 "La Femme Chocolat"

J'traînais les pieds, des casserolesJ'n'aimais pas beaucoup l'écoleJ'traînais les pieds, mes guiboles abîméesJ'explorais mon quartierJ'traînais des pieds dans mon caféLes vieux à la belotte braillaientPapi, mamie, tonton André et toutes ces pépéesA mes p'tits soins, à m'pouponnerEcorché mon visage, écorchés mes genouxécorché mon p'tit coeur tout moubousillées mes godasses, bousillé sur ma jouebousillées les miettes de nousLa fumée du boeuf bourguignonToute la famille tête dans l'guidonDu temps où ont pouvaient faire les consLes pensionnaires, les habitués, les gens d'passage surtout l'étéJoyeux bordel dans mon caféEcorché mon visage, écorchés mes genouxécorché mon p'tit coeur tout moubalayée la terrasse, envolé le bout d'chouenvolées les miettes de nousJe traîne les pieds, j'traîne mes casserolesJ'n'aime toujours pas l'écoleEcorché mon visage, écorchés mes genouxécorché mon p'tit coeur tout moubousillées mes godasses, bousillé sur ma jouebousillées les miettes de nous

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Olivia Ruiz (de son vrai nom Olivia Blanc) est une chanteuse et une actrice française née le 1er janvier 1980 à Carcassonne dans l'Aude. Elle a grandi dans le village de Marseillette. Elle est la fille du musicien-chanteur Didier Blanc, qui a notamment collaboré avec l'orchestre de René Coll. Ruiz, son nom de scène, n'est pas un pseudonyme, mais un nom d'usage : c'est le nom de jeune fille de sa mère.

Biographie [modifier]

Olivia Ruiz (Ruiz est le nom de sa grand-mère maternelle) avait à peine 15 ans lorsque, avec ses amis de Comigne (village de l'Aude), elle s'investit dans la musique et forme avec eux le groupe Five. Ensemble, ils assurent des premières parties et gagnent même des tremplins. Au sein de son groupe Five, elle reprend des chansons du groupe Cranberries ou Lenny Kravitz. Olivia travaille le chant de plus en plus sérieusement et participe à un duo de reprises de chansons françaises. Avec Frank Marty (des groupes Les Croquants et La Varda), multi-instrumentiste originaire de Narbonne, ils présentent un répertoire dans les bars et autres lieux accueillants. Ils interprètent des chansons de Fréhel, Montand, Bécaud, mais aussi de la nouvelle génération avec la Tordue et des standards espagnols.

En 2001, Olivia participe à la première Star Academy. Elle parvient en demi-finale de l'émission. Opposée à Jenifer, elle sera éliminée mais, de son propre aveu, elle ne voulait pas gagner[1]. Elle profite ensuite de ce tremplin pour entrer dans la major Universal (label Polydor), mais tente de se détacher de l'image de la Star Academy. Pour son premier single Paris, elle contacte le chanteur Chet qui lui écrit 2 titres. Pour son album, J'aime pas l'amour (Polydor / Universal), elle contacte Néry (ancien membre du groupe VRP qui mettra en scène son premier spectacle), Prohom, Juliette ou encore le groupe Weepers Circus, qui lui écrira la chanson Petite fable et l'invitera à des duos sur trois de ses propres albums (en particulier le morceau La Renarde). Elle est nommée aux Victoires de la musique 2005 dans la catégorie « révélation scène ».

Pour son second album, La Femme chocolat, elle renouvelle l'expérience en contactant Christian Olivier des Têtes Raides, Christophe Mali de Tryo, Mathias Malzieu de Dionysos (devenu son compagnon), Ben Ricour, de nouveau Néry, Chet, Juliette. Passionnée de Roald Dahl et Tim Burton, elle partage cette source d'inspiration avec Mathias.

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En 2006, elle est nommée pour les Victoires de la musique 2006 dans la catégorie Album chanson/variété de l'année, aux côtés d'artistes à succès comme Bénabar, Raphaël et Alain Souchon.

Lors des Victoires de la musique 2007, elle remporte la victoire du Groupe ou artiste(s) interprète(s) féminine(s) de l'année et la victoire du Spectacle musical de l'année.

En 2007, La Femme chocolat est certifié disque de diamant[2] avec plus de 1,1 million d'albums vendus.

D'après Le Figaro, ses gains en 2007 sont estimés à 870 000 euros, ce qui fait d'elle la douzième artiste la mieux payée de France cette année-là.[3]

En 2009, elle sort son troisième album studio Miss Météores, vendu à plus de 350 000 exemplaires. Dans ce nouvel album, elle signe tous les textes en français et co-compose avec Mathias Malzieu toutes les musiques, à côté de plusieurs collaborations, notamment avec le rappeur canadien Buck 65, les Français Coming Soon, les Anglais The Noisettes et le groupe Lonely Drifter Karen. Les trois singles issus de cet album sont tous des succès (Elle panique, Belle à en crever et Les crêpes aux champignons). Elle entame également une nouvelle tournée. Elle chante un titre de l'album À la récré du groupe strasbourgeois Weepers Circus ; le 30 octobre 2009, elle chante au Zénith de Paris pour l'anniversaire des soixante ans du Mouvement Emmaüs. En décembre 2009, elle participe au concert Rock Party 3 à Amnéville aux côtés de Louis Bertignac, Richard Kolinka, Cali, Grace et Bénabar : elle y chante quelques-uns de ses propres succès, et des reprises, notamment Ma p'tite chanson de Bourvil, en duo avec Bénabar.

En 2010, Olivia est de retour sur scène dans de petites salles pour une tournée comptant une trentaine de dates. Le 2 juin 2010 sort le DVD Miss Meteores Live enregistré en décembre 2009 a Nantes. Elle remporte une nouvelle fois les Victoires de la musique 2010 dans la catégorie « Artiste féminine de l'année », déjà remportée en 2007, et dans la catégorie « Clip vidéo de l'année » pour Elle panique.

Elle annonce ne pas vouloir « gaver les gens »[4] et attendre au moins deux ans avant de refaire un album studio.

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Plan d’étude de la chanson :

1/ Ecriture à la première personne

étude du titre

Récurrence du « je » énonciateur : strophe 1 anaphore dans « J’traînais » ; mot tronqué par ailleurs pour mimer un langage enfantin

Marque de première personne : « je » ou « j’ » et le possessif « mon » ou « mes »

Synthèse : L’écriture de soi est logiquement marquée par une forte présence et implication du « je » énonciateur : cette forte présence se traduit par la prolifération des marques de premières personnes.

2/ Souvenir et enfance

Temps du passé : imparfait présentant la situation générale de la vie de l’énonciateur « j’traînais » ; « j’explorais » ; « j’n ‘aimais pas » ; « braillaient » : l’énonciateur se tourne vers son passé et plus particulièrement son enfance.

L’évocation du passé

 L’enfant/ énonciateur adulte : caricature avec expression « guiboles abîmées » ; « j’traînais des pieds » ; « à mes p’tis soins , à me pouponner »

 un lieu : le café familial « J’traînais les pieds dans mon café » ; « Joyeux bordel dans mon café » = valeur affective du possessif « mon »

 Personnes liées à l’enfance : « les vieux à la belotte » ; « papi, mamie, tonton André » ( langage enfantin : authenticité) ; « et toutes ces pépées » (langage familier : authenticité) ; « les pensionnaires, les habitués, les gens de passage » ( l’énonciateur fait revivre l’ambiance de l’époque

Les deux sens sollicités

 le sens olfactif : « la fumée du bœuf bourguignon » plat familial par excellence ; reminiscence du passé grâce à l’odeur

 l’ouïe : « les vieux à la belotte braillaient » ; « joyeux bordel dans mon café » : souvenir de l’ambiance, nostalgie

Synthèse : L’écriture du souvenir passe par l’évocation de l’enfance, la vie de famille. Il s’agit du regard de l’adulte sur son passé d’enfant : un sentiment nostalgique s’en dégage naturellement

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3/ L’écriture de soi

Lien entre présent et passé :

 Le titre et sa reprise anaphorique dans le texte est à la fois au présent et au passé

 « J’ n’aime topujours pas l’école » : le présent est en lien avec le passé avec l’utilisation de la négation doublée de l’adverbe « toujours » ; thème de l’école incontournable dans l’écriture autobiographique.

 « Casserole » : lexique familier pour désigner des actes jugés négatifs du passé ayant une incidence sur le présent.

Nostalgie du passé :

 « toute la famille…faire les cons » : regret du passé souligné par le langage familier, souci d’authenticité, jugement du présent.

 « balayée la terrasse, envolé le bout’chou » : « la terrasse » métonymie pour le cocon familial, « le bout’chou » terme tendre, distanciation avec l’article défini puisqu’il désigne le « je » lui-même.

 Thème de la blessure : « écorché » « bousillées » anaphoriques,référence à une blessure physique et psychologique du « cœur », « jambes » et « visage »

Lien entre le présent (blessure de ne pouvoir revivre son passé) et passé (blessure des genoux, caricature de l’enfance)

 « les miettes de nous » : on est peu de choses, le souvenir est « miette » ; apparition du « nous » impliquant le « je » et ses proches

Synthèse : L’écriture de soi nécessite un retour sur soi avec la conscience de ne jamais pouvoir revivre le souvenir ; il s’agit ici de l’expression d’une nostalgie reliée à la blessure d’un passé définitivement révolu.

images
IMAGES
  • Rembrandt, Autoportrait appuyé sur un rebord de fenêtre, 1639
  • P Bonnard, Autoportrait, 1889
  • Man Ray, (photographie) Autoportrait, 1931
  • A Warhol, Autoportrait 9, 1986
  • Norman Rockwell, Triple autoportrait (1960).
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Pierre Bonnard, né le 3 octobre 1867 Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) et mort le 23 janvier 1947 Le Cannet (Alpes-Maritimes) est un peintre français du XIXe ‑ XXe siècles.

Peintre de personnages, figures, nus, portraits, paysages animés, intérieurs, natures mortes, fleurs et fruits, il était aussi graveur, dessinateur et illustrateur.

Artiste postimpressionniste, il faisait partie du groupe des Nabis.

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Man Ray, né Emmanuel Rudzitsky, ou Rudnitsky ou Radnitzky, le 27 août 1890, à Philadelphie (États-Unis), mort le 18 novembre 1976, à Paris, est un peintre, photographe et réalisateur de films, acteur du dadaïsme à New York, puis du surréalisme à Paris.
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Andy Warhol(de son vrai nom Andrew Warhola), né le 6 août 1928 à Pittsburgh en Pennsylvanie[1] et mort à New York le 22 février 1987 est un artiste américain, figure centrale du Pop Art, dont il est l'un des pionniers.

Warhol est connu dans le monde entier par son travail de peintre, de producteur musical, d'auteur, par ses films d'avant-garde, et par ses liens avec les intellectuels, les célébrités de Hollywood ou les riches aristocrates.

Bien que le travail de Warhol reste controversé, il a été le sujet de multiples expositions, de livres, et de films depuis sa mort. Warhol est généralement reconnu comme l'un des artistes les plus connus du XXe siècle.

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Rembrandt Harmenszoon van Rijn, habituellement désigné sous son seul prénom de Rembrandt (15 juillet 1606 - 4 octobre 1669) est généralement considéré comme l'un des plus grands peintres de l'histoire de l'art baroque européen, et l'un des plus importants peintres de l'École hollandaise du XVIIe siècle. Rembrandt a également réalisé des gravures et des dessins. Il a vécu pendant ce que les historiens appellent le siècle d'or néerlandais (approximativement le XVIIe siècle), durant lequel culture, science, commerce et influence politique de la Hollande ont atteint leur apogée.

Rembrandt a réalisé près de 400 peintures[1], 300 eaux-fortes et 300 dessins. La centaine d'autoportraits qu'il a réalisés tout au long de sa carrière nous permet de suivre son parcours personnel, tant physique qu'émotionnel. Le peintre représente sans aucune complaisance, ses imperfections et ses rides.

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Une des caractéristiques majeures de son œuvre est l'utilisation de la lumière et de l'obscurité (technique du clair-obscur), qui attire le regard par le jeu de contrastes appuyés. Les scènes qu'il peint sont intenses et vivantes. Ce n'est pas un peintre de la beauté ou de la richesse, il montre la compassion et l'humanité, qui ressortent dans l'expression de ses personnages, qui sont parfois indigents ou usés par l'âge. Ses thèmes de prédilection sont le portrait (et les autoportraits) ainsi que les scènes bibliques et historiques. Rembrandt représente aussi des scènes de la vie quotidienne, et des scènes populaires. Sa famille proche – Saskia, sa première femme, son fils Titus et sa deuxième femme Hendrickje apparaissent régulièrement dans ses peintures. Il a exécuté peu de paysages peints, (cela est moins vrai pour l'œuvre gravé) et de thèmes mythologiques.
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Norman Rockwell est un illustrateur américain né à New York le 3 février 1894, et mort à Stockbridge (Massachusetts) le 8 novembre 1978 (à 84 ans). Peintre naturaliste de la vie américaine du XXe siècle, il est célèbre pour avoir illustré de 1916 à 1960 les couvertures du magazine Saturday Evening Post .
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De dos, assis sur un tabouret, Norman Rockwell, penché vers

un miroir, observe un détail qu’il reproduit immédiatement

sur la toile posée sur un chevalet face à lui. En haut à

gauche, une feuille d’étude est punaisée sur le châssis. À droite, plusieurs

autoportraits sont groupés ; on y reconnaît Dürer, Picasso,

Rembrandt et Van Gogh. Rockwell fait ici référence à l’histoire de la

représentation de soi en affirmant son héritage culturel européen, mais

c’est en Américain qu’il se peint, comme en témoignent l’aigle et le

blason des États-Unis au-dessus du miroir dans lequel il se regarde.

Comme ses maîtres, il transforme (ment-il?), puisque ses lunettes n’y

sont plus représentées. Dans ce triple autoportrait, lequel est le vrai

Norman Rockwell? Celui aux lunettes face à lui tel qu’il se voit dans le

miroir, alors que nous ne voyons ni ses yeux ni la direction de son

regard? Celui de dos aux tempes grisonnantes, avec un air gauche et

cependant attendrissant? Celui ébauché sur la toile, embelli et rajeuni?

Quoi qu’il en soit, il ressort de ce triple autoportrait à la fois l’observation,

l’étonnement et la métamorphose.

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Sujet du travail: L'autoportrait et l'autobiographie ont-ils pour objectifs de donner une image favorable de soi?
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Sujet du travail: Rousseau écrit:"Je suis persuadé qu'on est toujours très bien peint quand on s'est peint soi-même, quand même le portrait ne ressemblerait point » . Qu’en pensez-vous?
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Sujet du travail: Pour quelles raisons Rousseau affirme-t-il qu'un autoportrait, même imparfait, est toujours "très bien"?Plan analytique en trois parties:A. Les raisons qui poussent un auteur à écrire sur lui.B. Les difficultés qu'il rencontre.C. La supériorité de l'autoportrait sur la biographie