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Débats autour du concept d’excellence

Débats autour du concept d’excellence. J-F Méla (EHESS 18.11.10) http://jfmela.free.fr/jfmblog. Introduction.

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Débats autour du concept d’excellence

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Presentation Transcript


  1. Débats autour du concept d’excellence J-F Méla (EHESS 18.11.10) http://jfmela.free.fr/jfmblog

  2. Introduction • Aujourd’hui en France, lorsqu’il est question d’enseignement supérieur et de recherche, on n’échappe pas à « l’excellence » : campus d’excellence, pôles d’excellence, initiatives d’excellence, laboratoires d’excellence, équipements d’excellence, chaires d’excellence, prime d’excellence scientifique… • Cette épidémie frappe plus largement l’Europe. • L’Allemagne a lancé une « initiative d’excellence »

  3. Introduction • « Europe 2020 Flagship Initiative – Innovation Union » - Our education systems at all levels need to be modernised. Excellence must even more become the guiding principle. We need more world-class universities, raise skill levels and attract top talent from abroad. - We need to get more innovation out of our research. Cooperation between the worlds of science and the world of business must be enhanced, obstacles removed and incentives put in place. • Double référence : aux classements internationaux d’universités, et à la « stratégie de Lisbonne ».

  4. Introduction • « Stratégie de Lisbonne » : faire de l’Union Européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010, capable d’une croissance économique durable, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». • Ambigüité du concept d’excellence : s’agit-il de formation, de recherche, ou d’innovation ? Se place-t-on dans une perspective scientifique, économique, ou démocratique ? • Abus du mot « excellence » pour conjurer le sentiment de déclin de la société européenne ? pour masquer notre incapacité à avoir de véritables universités en France ?

  5. Classement de Shanghai • 2003 : L’université Jiao Tong de Shanghai publie le premier classement mondial des universités. - Grand retentissement car il coïncide avec l’irruption de la Chine dans la compétition économique mondiale. - Classement basé avant tout sur la recherche en sciences et sur des indicateurs comme le nombre de prix Nobel, le nombre de chercheurs les plus cités… - Place modeste de la France.

  6. Place modeste de la France • Sur les 50 dernières années, la France a reçu 15 prix Nobel tandis que les USA en avaient 195 et le Royaume Uni 47. • L’index HiCi de Thomson ISI affiche autant de chercheurs pour Harvard ou pour Stanford que pour la France entière. • Manque de visibilité de nos universités et de nos « gloires nationales », les grandes écoles.

  7. Réactions • Mise en cause de la taille des établissements, alors que les universités américaines en tête du classement sont de taille moyenne : Harvard (20.000 étudiants), Stanford (15.000), MIT (10.000). Toulouse III : 30.000 étudiants, 1500 enseignants chercheurs, 750 chercheurs. «  L’université de Toulouse III, université scientifique et de santé de haut niveau, est actuellement au fond des classements internationaux ; or si l’on prend en compte l’ensemble de la production des universités toulousaines, ce pôle ainsi constitué se retrouverait certainement dans les 60 premières universités mondiales ». (DGES 2007) • Système français écartelé entre universités, grandes écoles et organismes. Universités mal positionnées, mal gouvernées,.. Les universités américaines, favorisées par la langue, attirent les « vedettes » par les salaires et les conditions de travail.

  8. Autres palmarès • 2004 : Classement du Times Higher Education Supplement principalement fondé sur la réputation auprès des universitaires et des employeurs. • Ce classement fait la part belle à la Grande Bretagne (29 universités dans le top-200, contre 58 américaines) • On n’est jamais si bien classé que par soi-même • Projet d’un classement européen « multidimensionnel » qui serait moins défavorable aux universités de l’Union européenne. • Projet « U-multirank » dont on a un état préliminaire, élaboré par un consortium copiloté par une institution allemande le Center for Higher Education Development (CHE).

  9. A propos des palmarès • Les classements déterminent de façon brutale des gagnants et des perdants. On stigmatise ceux qui ne sont pas bien classés. • Cercle vicieux qui tend à renforcer la réputation des institutions déjà réputées et à bloquer les jeunes institutions. • Les classements peuvent être aberrants et destructeurs dans des systèmes universitaires nationaux dont la diversité est très liée aux sociétés et aux cultures, aux ressources nationales… • La démocratisation de l’accès aux études est un paramètre inexistant dans les classements.

  10. A propos des palmarès • Difficile de mesurer la qualité de l’enseignement. • Si l’on prend trop en considération la recherche, les universités techniques et les formations professionnelles sont dévalorisées, alors qu’elles sont très importantes. • Comment un classement complètement dominé par les pays riches peut-il contribuer à construire des systèmes universitaires de qualité dans les pays émergents ? • « A travers les classements se construisent des catégories d’appréhension du monde » (P. Bourdieu)

  11. A propos des palmarès • La politique universitaire n’est pas réellement conçue à partir des classements, mais ceux-ci sont invoqués pour la justifier. « Pour l’autonomie des universités qui nous a valu neuf mois d’occupation l’année dernière, nous n’avons pas reculé d’un demi-centimètre. Et pour la première fois depuis vingt-cinq ans, dans le classement des universités de Shanghai, les universités françaises remontent. C’était possible, nous l’avons fait » (N. Sarkozy). • Les classements encouragent des politiques simplistes où les indicateurs deviennent des objectifs.

  12. La course à l’excellenceLe rapport Aghion • Dans le rapport Aghion la référence est plutôt « l’excellence économique » : « Conscients du risque de décrochage, l’Allemagne, l’Espagne, la France et l’Union européenne ont mis en place des initiatives d’excellence qui présentent des caractéristiques communes : focalisation forte de financements pluriannuels sur l’excellence pour renforcer compétitivité et attractivité ». • Accent mis sur l’innovation, les sciences, la technologie et les performances en matière d’insertion professionnelle.

  13. Quelle politique ? • Volonté de concentrer les moyens publics et privés sur un petit nombre de pôles et de projets. • « Je souhaite que l’ensemble des universités françaises soient regroupées autour de 15 pôles » (V. Pécresse, 2008) • Le « Grand emprunt » concentre un capital de 7,7 milliards sur « cinq à dix groupements d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche sélectionnés par un jury international » • On connaît déjà les gagnants : ceux qui hébergent la majorité des chercheurs et qui reçoivent déjà l’essentiel des crédits (récurrents et de l’ANR).

  14. Quelle politique ? • L’idée centrale est qu’il faut réserver l’argent public à un petit nombre de pôles et de projets, qui seront par ailleurs en position de drainer des fonds privés. • Ceci n’exclut pas, à l’avenir, une baisse du budget ordinaire de l’enseignement supérieur, comme c’est le cas aujourd’hui en Angleterre. Et les revenus du capital du Grand emprunt (environ 300 M€ annuels ) sont insuffisants pour créer des universités à l’anglo-saxonne. • La conséquence principale sera de sacrifier tout ce qui n’est pas « classé dans l’excellence ».

  15. Une politique discutable • Est-ce que la concentration est indispensable à la recherche d’excellence ? Beaucoup de recherches ne nécessitent pas de très grands équipements (mathématiques, sciences humaines et sociales, mais aussi informatique et certains domaines de la physique et de la chimie). • On trouve de l’excellente recherche dans des universités qui ne seront pas des « pôles d’excellence ». • Est-il souhaitable de transformer la grande majorité des universités en déserts scientifiques ?

  16. Une politique discutable • Cette politique de concentration est contestable du point de vue économique. • Il ne suffit pas d’avoir quelques centres de recherche producteurs de brevets. C’est l’ensemble des forces productives qui comptent et la formation de travailleurs ayant une qualification de niveau post-bac est un enjeu considérable. • L’aménagement du territoire suppose un transfert à tous les niveaux entre les universités, les centres de recherche et le tissu économique.

  17. Une politique discutable • Délimiter a priori quelques institutions proclamées « pôles d’excellence » est mauvais pour la démocratie. • Cette conception dichotomique avec, d’un côté l’excellence, de l’autre l’utilitaire et le professionnel (centres universitaires de proximité), renforcera la ségrégation. • Il faut admettre une différenciation de nos institutions d’enseignement supérieur, mais il faut maintenir entre elles un maximum de fluidité. • Nous sommes, en France, déjà très concentrés et très différenciés, pour la recherche (organismes, agences de moyens) comme pour la formation (grandes écoles).

  18. Une politique discutable • « L’excellence économique » privilégie les formations scientifiques et techniques au détriment des sciences humaines et sociales. • Or beaucoup des qualités appréciées dans la « société de la connaissance » (esprit d’entreprise, capacité managériale, leadership, vision, travail en équipe, adaptabilité…) dérivent de qualités plus fondamentales qui résultent d’une formation générale dans un contexte pluridisciplinaire.

  19. Une politique discutable • Dans la course à l’excellence, les sciences humaines et sociales, les arts, perdent du terrain. • En Grande-Bretagne le budget de l’enseignement supérieur serait réduit de 40%, mais la science, la technologie et les mathématiques seraient épargnées ainsi que la recherche, tandis que les sciences humaines et sociales seraient frappées. • « Avides de réussite économique, les pays et leurs systèmes éducatifs renoncent imprudemment à des compétences pourtant indispensables à la survie des démocraties » (Martha Nusbaum)

  20. Les critères de l’excellence • Tendance à gérer les services publics comme des entreprises et à utiliser des « indicateurs de production » comme mesure de la performance. • Pour l’enseignement supérieur et la recherche, les indicateurs de la LOLF sont ceux qu’on retrouve dans beaucoup de classements internationaux. • On a une dérive lorsque des indicateurs budgétaires deviennent des indicateurs de qualité pour chaque établissement, pour chaque équipe, pour chaque individu, et s’établissent comme des normes.

  21. Les critères de l’excellence • Pertinence des indicateurs numériques de production pour l’enseignement supérieur et la recherche ? • On marginalise des activités ou des qualités qui sont difficiles à mesurer mais qui peuvent être importantes • Les différents acteurs cherchent avant tout à « être bons sur les indicateurs » et développent des stratégies de conformisme. • Le seul facteur décisif de succès d’une université sur le long terme est la qualité des universitaires et des chercheurs (ainsi que le niveau et la qualification des étudiants), ce qui renvoie à la qualité du recrutement et de la formation initiale (« contrôle du facteur de production »).

  22. Les critères de l’excellence • De façon paradoxale, les mécanismes de financement par l’Etat, associés aux indicateurs de performance, déterminent la politique des établissements beaucoup plus que la compétition scientifique internationale. • On peut admettre que le budget de l’Etat fasse usage d’indicateurs à un niveau élevé d’agrégation. Mais il est très dangereux d’en faire des normes de pilotage des universités, des départements, des équipes de recherche…

  23. Les critères de l’excellence • On peut penser, comme Michèle Lamont dans son livre How professors think qu’aucune technique inspirée du management de la qualité ne pourra mieux faire qu’une délibération collective des pairs. Il faut alors se pencher sur la production des jugements dans les communautés académiques disciplinaires. • Cette analyse fine fait une grande place aux facteurs psychologiques et aux cultures d’évaluation, de recrutement, de classement, dans ces communautés (et pas seulement aux enjeux de pouvoir).

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